Qu’il a été incendié ce film pour sa soi-disant misogynie ou tout autre diatribe à la mode actuellement et directement issue du mouvement woke. S’il était sorti il y a dix ans, il aurait été lynché pour des raisons de la sorte? Probablement pas. « Mascarade » met en scène des femmes vénales et manipulatrices comme il peut en exister. Est-ce à dire que toutes les femmes sont de cette trempe? Certainement pas. Et que Bedos est misogyne? Pas sûr non plus. Bref, encore un débat stérile et sans queue ni tête qui nous détourne du film et du cinéma et instaure des clauses politiquement correct chiantes. Et quand bien même, cela s’appelle la liberté d’expression et c’est bien dommage que les bien-pensants se mettent au garde-à-vous pour si peu. Revenons-en au film en lui-même. Est-il pour autant bon? Il est plutôt plaisant et regorge de qualités mais il n’est pas pour autant dénué de défauts, notamment dans l’écriture de ses personnages qui – c’est vrai – frôlent un peu la caricature à la naphtaline d’un monde qui n’existe peut-être plus. Il n’empêche, ces plus de deux heures à suivre les manigances et manipulations de ces deux tourtereaux sont plutôt plaisantes et font passer un bon moment de cinéma.
Bedos entend croquer un certain milieu, celui des riches de la French Riviera où ne pulluleraient que croqueuses de diamants, promoteurs véreux, riches bedonnants, actrices sur le retour, petit personnel soumis ou prolétariat jaloux. Certes, c’est un peu cliché et Bedos dépeint les rapports hommes-femmes et entre classes comme beaucoup de monde se les imagine quitte à entretenir ces préjugés. Il faut juste le savoir. Véhicule-t-il une morale ou autre sous couvert de divertissement? Rien n’est moins sûr. En outre, les acteurs choisis pour incarner cette demi-douzaine de protagonistes qui s’entrelacent dans ces histoires de manipulations, de romance et de vengeance s’en amusent et nous avec. Si Adjani et Cluzet jouent des rôles faciles où ils ne surprennent pas, Niney consolide son image de tombeur et Marine Vacht vole chaque scène. En femme fatale d’un nouveau genre, elle est magnétique au possible et se révèle l’atout maitre ce cette « Mascarade ». Dans un second rôle pivot, l’italienne Laura Morante excelle également.
Bedos filme la Côte d’Azur avec toute la volupté et le panache nécessaire à une telle histoire. Les deux heures passent vite même si à force d’enchainer les personnages, les retours en arrière, les changements de points de vue et autres facéties, il y a un moment où le tournis s’installe et où on ne sait plus vraiment qui veut quoi et pourquoi. Et lorsque les motivations de chacun commencent à nous échapper, l’overdose n’est pas loin. La preuve avec le retournement de situation final qui apparaît forcé et de trop. Et c’est là que Bedos donne du grain à moudre à ses détracteurs. Certes tous les personnages sont détestables (hormis peut-être celui d’Emmanuelle Devos) mais on s’attache quand même à eux. De plus, on sourit souvent et les dialogues font clairement mouche. « Mascarade » est une œuvre qui frôle le trop-plein, et on préfèrera peut-être un chouïa le plus humble « Monsieur et Madame Adelman » ou « Le belle époque » mais il n’en demeure pas moins un bon film réalisé et écrit avec soin avec de grands acteurs qui s’amusent autant que nous. Si on veut bien mettre ce côté des polémiques qui n’ont vraiment mais alors vraiment pas lieu d’être...
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