Le cinéma québécois surprend encore avec cet imposant et puissant film de gangsters montréalais que propose le réalisateur Podz avec « Mafia inc. ». Sur près de deux heures et demie, il nous présente un film de mafia, visuellement et narrativement très ambitieux qui n’a certainement pas à rougir de ceux de ses cousins américains, des modèles plus anciens de Scorsese à ceux plus contemporains comme James Gray. Même si on ressent parfois une certaine inspiration venue des classiques de ce genre mythique devenu galvaudé et si souvent caricaturé ou détourné (les films de Guy Ritchie par exemple). Le cinéaste québécois s’affranchit néanmoins sans peine de ces illustres modèles pour une œuvre très dense, sérieuse voire solennelle. Une œuvre qui fait entendre sa propre voie préférant la psychologie et l’histoire au spectaculaire grâce à un script s’inspirant de véritables figures du milieu mafieux montréalais. Le film est sous constante tension jusqu’à un final sobre mais explosif et radical.
Le scénario est très bien écrit et favorise le réalisme au côté légendaire et paradoxalement prestigieux que peut véhiculer le milieu mafieux. Très touffu, notamment au début, sans pour autant être complexe, il passionne par les enjeux présentés, s’autorisant même quelques flashbacks éclairant le passé des personnes plutôt bien amenés. Proche de la tragédie grecque avec les figures des frères ennemis ou des trahisons entre clans, il permet à « Mafia inc. » d’accéder à un statut d’œuvre à la fois réfléchie et très documentée. De la même manière, la réalisation ample et élégante de Podz renforce encore le côté imposant du film. Sans jamais être esthétisante, elle sert le propos plutôt que l’inverse. La plupart des clichés inhérents à ce genre de cinéma sont évités, parfois de justesse, mais il faut rappeler que le film se déroule au début des années 90 et que les décors, costumes et postures choisies correspondent à tout un pan du milieu de l’époque.
Le casting choisi, entre les gueules patibulaires servant de seconds couteaux et les rôles principaux, est irréprochable. Marc-André Grondin (le jeune adolescent du culte « C.R.A.Z.Y. » impressionne et surprend en malfrat sanguinaire quand Sergio Castellito apparaît comme une évidence en parrain de la mafia italienne. « Mafia inc. » mêle parfois la petite histoire avec la grande. Il se clôt avec un dénouement très féministe et réussi quoiqu’un peu accessoire puis avec un dernier plan en forme de pied de nez dont on vous laisse la surprise. On regrette peut-être un dernier quart qui s’étire un peu trop et un manque d’action en général. En effet, une bonne grosse fusillade à la « Heat » supplémentaire aurait peut-être encore donné plus de coffre à une œuvre maîtrisée et imposante. Mais on est captivé sans peine par les rebondissements et les enjeux du film tout comme pas son aspect minimaliste baigné de violence sèche mais réaliste. Le cinéma québécois a trouvé son film de gangsters et de mafia et c’est un régal pour les yeux comme pour l’intellect.
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