Zombies made in Québec.
Le film de zombies est un sous-genre du cinéma d’horreur relativement prolifique et qui revient souvent sous différentes formes au cinéma (de l’action à la parodie en passant par l’horreur pure). Mais c’est surtout le cinéma anglo-saxon qui nous en propose de manière régulière. Cependant des essais d’autres pays s’égrènent également avec plus ou moins de succès, de l’Espagne (l’excellent « REC ») à la Corée du Sud (« Dernier train pour Busan »). Plus rare, ces films se déclinent aussi parfois sur un mode plus indépendant issu du cinéma d’auteur comme avec « The dead don’t die » de Jim Jarmush ou le français « La nuit a dévoré le monde ». Et voici que le cinéma québécois s’y essaye avec « Les Affamés » en offrant une réussite toute relative, surtout due à une tonalité et une atmosphère différente de ce que l’on peut voir d’habitude.
En effet, Robin Aubert (acteur bien connu au Québec que l’on a pu voir récemment dans « Une colonie » et « Jeune Juliette ») s’approprie ce genre et sort des balises habituelles en choisissant un traitement entre le contemplatif et le mystérieux. Et c’est la grande réussite du film puisque l’atmosphère très travaillée du film est clairement son point fort. Les paysages ruraux de la campagne québécoise donnent une palette visuelle originale à son long-métrage. Les bois, les fermes abandonnées et les routes vides permettent un cachet bucolique particulier qui tranche avec les morts-vivants que l’on voit débouler sans crier gare. Ce qui permet aussi quelques sursauts bien exécutés et du gore surprenant, bien qu’on aurait aimé en avoir plus. Certaines images sont même presque poétiques (l’amoncellement d’objets par les infectés, des lisières de forêt inquiétantes, …) et virent à l’onirisme laissant paraître un aspect singulier proche du rêve. Visuellement c’est donc particulièrement soigné, cohérent et cela permet à « Les Affamés » de sortir son épingle du jeu.
Mais tout n’est pas parfait dans cette œuvre rare pour le cinéma québécois comme pour le genre dans lequel il s’illustre. Il manque clairement d’explications à ce qui se passe et si certains vanteront le fait de devoir se faire ses propres conclusions, c’est tout de même frustrant. On a l’impression qu’il n’y a ni de véritable début ni de véritable fin. En outre, les différents personnages prennent bien trop de temps (plus d’une heure!) pour tous se retrouver et créer une cohésion de groupe nécessaire, on passe trop de l’un à l’autre sans véritable raison de ne pas les réunir plus tôt. Enfin, « Les Affamés » manquent de fond. Que ce soit dans la caractérisation des personnages, leurs motivations ou même le pourquoi du comment. C’est un film à voir en se laissant imprégner de l’atmosphère et en contemplant la mise en scène appliquée mais à éviter si l’on aime les films d’horreur rythmés ou qu’on ne supporte pas de ne pas tout comprendre. Intéressante tentative mais malheureusement pas à 100% aboutie.
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