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Gourou

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3.5Très bon
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Très bon
Rémy Fiers

Développement anti-personnel.

Yann Gozlan retrouve Pierre Niney avec qui il a enchaîné les succès « L’Homme idéal » et « Boîte noire » pour un autre thriller tout aussi réussi. Il semblerait que l’acteur soit son porte-bonheur puisque les deux derniers films sans lui (le raté « Visions » et le plus convaincant « Dalloway », sorti il y a seulement quatre mois) ont été des bides. « Gourou » a été tourné sur une idée de l’acteur qui a vu juste puisque c’est un sujet encore tout nouveau et qui rend le film précurseur et totalement en phase avec notre époque. Si on a déjà vu passer quelques longs-métrages récents qui traitaient en arrière-plan de la jeunesse et des influenceurs, aucun n’a véritablement pris comme noyau le domaine des coachs de développements personnels. En emballant le thème dans un suspense sous glacé au scénario machiavélique, Gozlan et Niney réussissent leur pari avec un film captivant du début à la fin et réussi dans les grandes lignes malgré quelques scories.

En premier lieu concernant celles-ci, on pourra rechigner sur certains personnages dessinés à gros traits notamment celui d’Anthony Bajon dont le profil psychologique est un peu caricatural à l’instar du développement de celui du chauffeur joué par Jonathan Turnbull. Certaines facilitées narratives peuvent aussi être pointées du doigt quand on est trop regardant, comme les réactions de la petite amie sur la fin. Il y a également le dernier acte du film qui se déroule à Las Vegas où tout se précipite qui se révèle moins pertinent, notamment avec un épilogue à la fois frustrant et quelque peu raté. Même si on saisit que le script tente de nous envoyer un message et nous laisser décider avec cette fin ouverte, elle demeure peu satisfaisante et ne se marie pas bien au reste. C’est comme si on évitait de nous montrer la chute tant attendue d’un homme qui ne méritait que de tomber. Une conclusion trop ambiguë et peu adaptée au reste du récit donc. C’est tout ce qui empêche « Gourou » d’être l’œuvre inaugurale et magistrale qu’il aurait pu être sur le sujet.

Hormis ces quelques réserves, Gozlan nous assène encore un suspense millimétré qui ne souffrira d’aucune baisse de rythme sur ces plus de deux heures. Comme pour « L’Homme idéal », l’engrenage dans lequel s’enfonce le personnage principal comme dans un abîme est étourdissant et, comme pour « Boîte noire », le suspense est haletant et ne tolère pas l’ennui. Le cinéaste a une patte visuelle peut-être anonyme mais il filme bien, un peu à l’américaine. Sa réalisation est stylisée et les images toujours très travaillées de manière moderne et en parfaite adéquation avec le sujet. L’excitation des scènes de show est parfaitement rendue et les scènes de paranoïa et de confrontation sont extrêmement tendues. Dans tous les cas, il y a une ambiance délétère et froide pleinement réussie et la photographie grisâtre, propre au réalisateur, est encore une fois exemplaire.

« Gourou » se positionne comme un film dans l’air du temps et en phase avec notre société malade. Il fait le choix clair de l’œuvre à charge contre cette nouvelle mouvance de développement personnel peu encadrée et stigmatise ses dérives parfois sans trop de nuances mais avec beaucoup d’acuité. C’est documenté et, par bien des aspects, on voit les dérives de notre monde et la puissance de ces maux qui permettent à des arnaqueurs de proliférer. Du culte de l’image aux fake news en passant par la psychologie de bazar qui parle aux âmes faibles, tout est mécaniquement épinglé. Tout le monde est mis dans le même panier mais comme « Gourou » fait le choix du thriller plutôt que de l’analyse sociale, ça passe. Et Pierre Niney est parfaitement détestable et impeccable dans le rôle principal bien secondé par un quatuor de nouveaux talent divers et variés qui lui servent impeccablement la soupe (Barbeau, Bajon, Montenez et Turnbull). Un bon divertissement sur un sujet nouveau qui malgré ses petits défauts nous a convaincu.

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