Mettons tout de suite la polémique stérile et inutile, tellement en phase avec la superficialité de notre époque concernant la présence de Maripier Morin à l’écran. En d’autres temps, tout cela n’aurait même pas existé et, surtout, tout cela n’a clairement rien à voir avec le cinéma. Non seulement « Arlette » est un film réussi mais, en plus, la comédienne prend son rôle à cœur et cela lui va comme un gant. Sous les traits d’une chroniqueuse de mode à qui l’on propose d’être Ministre de la culture et qui va découvrir la petite comédie du pouvoir et ses coulisses, elle est tout simplement royale et parfaite. Bourrée de charme, de sensualité et de malice, elle empoigne son rôle avec conviction et nous convainc par la même occasion sans jamais sombrer dans le trop ou la caricature. Peu importe ses frasques hors caméra, ici on parle de cinéma et à ce niveau, le long-métrage coche la plupart des cases du succès artistique.
Après le magnifique « Jouliks », l’un des meilleurs films québécois de 2019 qui versait dans le tragique et la reconstitution rétro, Mariloup Wolfe change radicalement de registre pour une œuvre éminemment contemporaine et dans l’air du temps. A la fois féministe mais sans exagération sur le fond et politique mais vulgarisée pour le contexte, « Arlette » est un film agréable et qui moque gentiment (un peu trop peut-être, plus de vitriol aurait été fortement apprécié) les coulisses du monde politique. On a bien compris le point de la cinéaste : comparer la politique québécoise (et un peu celle de toutes les démocraties) à la cour royale d’antan. C’est un peu capillotracté parfois mais amusant puisqu’assumé, de la musique très classique Renaissance en passant par le déroulement du script. On préfère en effet quand la politique et les séances à l’Assemblée (les scènes les plus drôles et les plus étonnantes) sont assimilées à un petit théâtre, comme l’affirme d’ailleurs le chef de l’opposition incarné avec bonhomie par Antoine Bertrand.
Tout le sel du film va se jouer dans l’affrontement entre Arlette et le Ministre des finances joué par l’impeccable David La Haye (vu récemment et tout aussi impeccable dans « Confessions »). C’est ce qui va permettre au personnage principal de s’affirmer, autour d’une question de fonds dévolu aux artistes et de taxes sur les livres. Mais si cela peut paraître peu avenant dit comme cela, tout est clair et léger à l’écran, jamais complexe ou ardu. Autour, Mariloup Wolfe balade délicieusement sa caméra dans les hauts lieux du pouvoir québécois, filmés avec beaucoup de style et nous assène quelques séquences croquignolettes comme l’apparition de Lara Fabian en Ministre française plus que surprenante. « Arlette » est un film frais, drôle et pétillant qui écorne gentiment le milieu de la politique et défend la cause féminine dans ce milieu très masculin avec force et panache. Bien dialogué, joli à regarder et parfaitement interprété, c’était un projet casse-gueule qui s’en tire avec les honneurs et confirme Mariper Morin comme une excellente comédienne.
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