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Céline (Ella Rumpf) et Nadia (Monia Chokri) attendent un enfant ensemble. Mais seules les contractions de l’une feront autorité, car pour devenir la mère légale de leur fille, Céline doit se plier à une série de demandes, d’entrevues, de preuves de « bonne parentalité ». Une situation profondément injuste qui vient fissurer l’apparente luminosité de la grossesse, tout en réveillant chez Céline des souvenirs fragiles liés à sa propre mère (formidable Noémie Lvovsky).
On est ici en terrain intime, traversé de doutes, de peur de ne pas être à la hauteur et de la vulnérabilité des futurs parents – que l’on soit en couple hétéro ou homosexuel. Et c’est ce qui rend Des preuves d’amour aussi universel.
Présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, Des preuves d’amour marque un premier long métrage à la fois délicat et ambitieux d’Alice Douard. Inspiré de sa propre expérience (elle a dû adopter l’enfant porté par sa conjointe en 2018) le film se situe en 2014, au moment où la France reconnaît le mariage entre personnes de même sexe, mais où les familles homoparentales doivent encore franchir un parcours administratif absurde pour être légalement complètes.
Filmé presque entièrement du point de vue de Céline, le récit donne voix à celles qu’on entend rarement : les mères non-gestatrices, celles dont la parentalité doit constamment être « prouvée », validée, juridiquement reconnue. Ella Rumpf dans ce rôle est bouleversante de retenue. On la sent constamment en apnée, tentant d’être la partenaire parfaite pour ne pas « prendre trop de place » dans une grossesse qui n’est pas la sienne.
Monia Chokri, de son côté, apporte luminosité et ancrage. Sa Nadia est à la fois douce, forte, anxieuse et résolument moderne. Le couple qu’elles forment est crédible, vibrant, habité.
Le film se démarque aussi par la justesse de son propos social : Alice Douard montre comment l’État peut entrer dans la chambre à coucher, au sens figuré comme au littéral. Les questionnaires intrusifs, les entretiens humiliants, la suspicion permanente : tout ce processus légal, à la fois nécessaire et profondément injuste, créer un malaise chez le spectateur… et pour cause!
Malgré tout, Des preuves d’amour n’est pas (trop) militant: il reste toujours du côté de l'humain. La réalisatrice s’intéresse au poids émotionnel de la maternité (je dirais même plus universellement de la parentalité) comme construction identitaire. J’ai particulièrement aimé la manière dont elles traitent les blessures d’hier (celles d’une mère absente ou d’une enfance difficile) façonnent la mère (ou le parent) que l’on tente de devenir aujourd’hui.
En tant que mère moi-même, même si ma propre grossesse remonte à 14 ans déjà (!), j’ai retrouvé ces angoisses primitives qui surgissent quand on attend un enfant : « Est-ce que je vais être à la hauteur? Est-ce que je vais aimer ce bébé? Et si je ne savais pas comment faire! » Ce sont les mêmes peurs, les mêmes élans, les mêmes maladresses qui traversent tous les parents débutants, peu importe la configuration familiale.
Des preuves d’amour est un film doux. Celles et ceux qui ont déjà été parents (ou qui rêvent de le devenir!) y verront un miroir d’angoisses, d’espoirs et de fragilité.
Le film témoigne surtout d’une chose : devenir parent est un acte d’amour, mais aussi un acte de courage.