Affiche du film  Vous n'avez encore rien vu
© F comme Film

Vous n'avez encore rien vu

Version originale en français
17 octobre 2012

La sombre nouvelle

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Connu principalement pour sa déconstruction du langage cinématographique et son intérêt - manifeste dans ses films - pour différents types d'arts, Alain Resnais fait avec Vous n'avez encore rien vu (titre prémonitoire) ce qu'il sait faire de mieux; basculer, renverser les limites du septième art. Il utilise ici le théâtre comme ancrage. Des comédiens (qui portent tous le vrai nom des acteurs qui les incarnent) se retrouvent dans la maison d'un défunt metteur en scène de théâtre avec qui ils ont tous travaillé lors de l'une de ses représentations de la pièce Eurydice. Selon ce que stipule son testament, ils doivent regarder un vidéo d'une nouvelle adaptation de la production en question pour juger si elle mérite de faire un retour sur les planches, mais chacun d'eux retrouve la puissance des mots de l'auteur et reconnectent avec leur alter ego.

Cette intention d'opposer différents acteurs qui interprètent, à leur façon, le même personnage pourtant indéfectible sur papier, en était une très riche et fort à propos pour un réalisateur de la carrure de Resnais. Trois versions disjointes, trois manières de voir les mots, et finalement, la vie.

L'expérimentation s'avère réussie et le produit désarçonne n'importe quel consommateur de cinéma commercial - ou plus conventionnel -, mais on finit tout de même par se questionner sur l'apport du septième art au sein de ce récit. Oui, quelques écrans verts et un découpage éclectique peuvent justifier le choix du médium, mais on en vient à croire que cette interprétation de deux célèbres pièces de Jean Anouilh, soit Eurydice et Cher Antoine ou l'amour raté, aurait trouvé meilleur écho sur une scène, devant un public, que dans un long métrage. Et pas simplement parce qu'elles ont d'abord été conçues pour les planches, mais parce que l'écran semble un obstacle à la profonde intensité de l'oeuvre d'Anouilh, plus qu'elle ne l'alimente.

Même si l'interprétation d'Eurydice d'Alain Resnais semble brimée dans son intensité, ce n'est guère la faute des acteurs, tous de grands talents, qui livrent de saisissantes performances. Sabine Azéma, Pierre Arditi, Mathieu Amalric et Anne Consigny, pour ne nommer que ceux-là (parce qu'il y a énormément d'acteurs formidables au sein de cette distribution), enfièvrent l'écran et retiennent le public au bout de sa chaise jusqu'à ce que le rideau tombe (ou le générique défile; tout dépend du point de vue de quel médium on choisit de le voir).

On étudie Alain Resnais à l'école (quand on étudie le cinéma évidemment); ses origines, son apport à la Nouvelle-Vague française, ses grandes thématiques, ses oeuvres les plus célèbres (Hiroshima mon amour, Mon oncle d'Amérique), etc. Vous n'avez encore rien vu manque de coffre et nerf pour figurer parmi ses meilleures créations, mais reste une oeuvre de qualité, ambitieuse et intemporelle, imaginée par un maître du septième art.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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