Affiche du film Valkyrie
© Les Films Équinoxe

Valkyrie

Version en français
v.o.a. : Valkyrie
25 décembre 2008

Coup d'état(s)

Photo Par Karl Filion
« Inspiré par des faits réels ». Voilà comment commence Valkyrie, de Bryan Singer. On n'en espérait pas moins, honnêtement. Celui qui a si brillamment joué avec les codes du cinéma dans The Usual Suspects, celui qui a réalisé deux des meilleurs films de super-héros de tous les temps allait certainement sortir de son chapeau ce genre de travail minutieux de manipulation qui a ses moments absolument fascinants. On sait comment l'histoire se termine; Tom Cruise échoue. Mais Tom Cruise, malgré toute la mauvaise presse l'entourant, n'est pas Tom Cruise, il est le colonel Claus von Stauffenberg, et il tente d'assassiner Hitler. Les livres d'Histoire nous disent qu'il échoue, la preuve étant que pratiquement personne ne connaît ce nom aujourd'hui. Mais Singer, dans ce tour de force, parvient à nous faire croire jusqu'à la dernière minute qu'il pourrait réussir. C'est la magie du cinéma, en direct et sans concession.

En pleine Deuxième Guerre mondiale, le colonel Claus von Stauffenberg, blessé au front de Tunisie, rentre à Berlin avec la profonde conviction qu'Hitler doit être renversé. Avec l'aide d'un groupe de conspirateurs bien organisé, il met en place l'Opération Valkyrie, qui permettrait à l'armée de réserve de prendre le contrôle de l'Allemagne si Hitler était assassiné. Déterminé et intelligent, von Stauffenberg est chargé d'approcher Hitler et de l'éliminer.

Singer bâtit de ses propres mains l'immense tension qui envahit Valkyrie du début à la fin. Il a à sa disposition une distribution d'acteur de grand talent, dont Tom Cruise en est ici le fier représentant. Est-il en fin de carrière? Est-il la risée de tabloïds? Je ne sais plus. Il est troublant de vérité - quand bien même il porte un cache-oeil - entre autres lors de délicieuses scènes avec Hitler. Singer peut aussi compter sur le scénario de Christopher McQuarrie, efficacement bâti autour de trois ou quatre scènes-clés bien placées et bien écrites. Les dialogues sont vifs, les mots inspirants sont nombreux même si le film, à quelques instants, prêche par excès d'humanisme. Non, il n'aurait pas fallu que les méchants nazis soient des brutes sanguinaires se nourrissant de nouveau-nés, mais leurs confessions successives se font un peu trop lourde à supporter pour le récit qui n'offre, au fond, que du divertissement. Mais tout un. Les thèmes forts du suicide et du sacrifice, étroitement liés à cette période de l'histoire, sont brillamment intégrés à la trame narrative du film, qui néglige savamment les implications mélodramatiques familiales de von Stauffenberg.

La renommée des comédiens permet de bien les différencier; il est vrai que le scénario ne passe pas trop de temps à les démêler malgré la complexité des personn(ag)es impliqué(e)s. Leurs performances sont pourtant toutes excellentes; de Bill Nighy à Tom Wilkinson en passant par Terence Stamp et l'ensemble de la distribution secondaire d'acteurs inconnus. De nombreux moments forts, souvent ironiques, viennent placer le film dans un contexte historique actuel bienvenu, sans négliger pourtant ses intentions mercantiles de pur divertissement. Des explosions, de la tension, du savoir-faire, donc, évidemment, des résultats, palpables et impliquants, directement liés à la cohérence et à la rigueur qui entourent le projet.

Les implications historiques du film, pourtant, sont négligeables, et c'est plutôt son efficacité qu'il faudra retenir ; Tom Cruise a probablement tout fait, mais pas la Deuxième Guerre. Singer, lui, prouve à nouveau qu'il est un réalisateur de grand talent, un auteur certainement, qui sait que le public est nécessaire au succès de tout film; c'est le baromètre, le test ultime qui décide de l'échec ou de la réussite d'un projet. Pas s'il se présente massivement en salle - non non, tout cela est une question de marketing -, plutôt s'il est effectivement assez impressionné pour oublier qui est qui, que la vie dans les années 40 était en noir, blanc et rouge et que le cinéma, c'est juste de la lumière sur un écran.
Partager sur : Twitter Facebook
Photo Karl Filion

Mes dernières critiques

Alexandre et sa journée épouvantablement terrible, horrible et affreuse
Le juge
Les apparences
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
2 temps 3 mouvements
Qu'est-ce qu'on fait ici?
L'épreuve : Le labyrinthe
Aimer, boire et chanter
Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.