Affiche du film  Captain Fantastic
© Les Films Séville

Une vie fantastique

Version en français
v.o.a. : Captain Fantastic
v.o.a.s.-t.f. : Une vie fantastique
21 juillet 2016

Mon père, ce héros

Photo Par Martin Gignac

Porté par une rumeur plus que favorable à Sundance et à Cannes, Captain Fantastic est le genre de production champ gauche dont raffolent les Oscars. Pour une fois que c'est un bon film, il ne faudra pas trop se plaindre.

Il s'agit en fait d'un croisement entre trois des longs métrages indépendants américains les plus populaires de la dernière décennie. Il y a du Beasts of the Shoutern Wild dans ce climat de liberté, de solidarité et de poésie. Puis un soupçon de The Descendants qui afflige une famille unie devant le deuil de maman et qui se rassemble autour de la figure paternelle. Avant de se transformer en Little Miss Sunshine en sein d'un road-movie où le drame et l'humour ne sont jamais loin, tout comme cet espoir qui est si important.

Malgré ces comparaisons, Captain Fantastic demeure une oeuvre rafraîchissante et pure. Elle est dotée d'une réalisation gracieuse et de mélodies vaporeuses dans la lignée de Sigur Ros. L'émotion tombe au bon endroit et la manipulation n'est jamais trop flagrante. Surtout qu'il ne faut pas chercher l'ironie et le sarcasme, parce qu'il n'y en a pas. Le résultat est gentil, sympathique et tout à fait à contre-courant des tendances hollywoodiennes.

On soupçonnait le réalisateur Matt Ross d'être un habile directeur d'acteurs sur son précédent et assez quelconque 28 Hotel Rooms et il le prouve en donnant un rôle mémorable à Viggo Mortensen. Le comédien est excellent en père idéaliste, exigeant et aimant qui ne veut que le mieux pour ses six enfants. On oublie trop souvent que l'interprète popularisé grâce à Lord of the Rings a du talent et il n'a besoin que de productions atypiques (comme le génial Jauja) et de véritables metteurs en scène (son triptyque pour David Cronenberg le prouve haut la main) pour se faire valoir. Il est entouré de très crédibles jeunes frimousses et de collègues plus aguerris comme Frank Langella, Ann Dowd et Steve Zahn.

C'est par le scénario - toujours de Ross - que le spectateur pénètre si aisément dans l'histoire et c'est par lui également que le film vient bien près de s'écraser. Les contrastes sont nombreux et perpétuels entre l'enseignement maison des valeurs du héros à ses progénitures (on valorise notamment les joutes philosophiques et les liens avec la forêt) et celui de la société en générale. Le fast-food, le capitalisme sauvage et les jeux vidéo en prennent pour leur rhume au sein de moments souvent drôles et révélateurs.

Ces enjeux sont toutefois traités avec trop de simplicité et de candeur. Le personnage principal pourrait très bien être un gourou manipulateur que cela rendrait l'effort encore plus intéressant. Évidemment il ne l'est pas, ce qui offre une réflexion un peu trop lisse et moralisatrice sur les choix de vie. Surtout lors du dernier acte assez maladroit qui propose un simple retour à la nature. Les métaphores lourdes (on tue même Bambi dans l'introduction pour annoncer la mort de la mère) et le symbolisme éprouvé (le protagoniste reçoit une chute d'eau au visage après une mauvaise nouvelle) ne sont pas là pour aider non plus.

Ce n'est pas suffisant pour transformer Captain Fantastic en mauvais film, seulement de lui enlever cette finesse qui aurait pu le rendre plus immense encore. Mais on se contentera allègrement de cette belle ode à la famille et à la différence qui est portée par un Viggo Mortensen au sommet de son art.

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Photo Martin Gignac

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