Affiche du film  The Light Between Oceans
© Disney

Une vie entre deux océans

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : The Light Between Oceans
2 septembre 2016

Parenthèse enchantée

Photo Par Martin Gignac

Il n'y a rien de plus périlleux pour un cinéaste de réaliser son premier long métrage pour un grand studio hollywoodien. Arrivera-t-il à conserver son style qui lui est propre et à obtenir le dernier mot sur le montage final? Ce n'est évidemment pas le cas pour une superproduction dont le but est d'encaisser un succès planétaire comme Star Wars, Jurassic World et les films de superhéros de Marvel. Mais qu'en est-il d'un drame romanesque qui a plus de chance de se retrouver aux Oscars?

Après ses excellents Blue Valentine et The Place Beyond the Pines, le metteur en scène Derek Cianfrance signe pour DreamWorks et Disney The Light Between Oceans, qu'il a scénarisé à partir du roman de M.L. Stedman. Il s'agit d'une nouvelle histoire sombre et touchante sur un amour qui est à la fois possible et court-circuité par le destin. Une fresque lyrique qui évoque le cadre historique et psychologique du Ryan's Daughter de David Lean.

La première partie quelque peu superficielle et qui traîne en longueur prend le temps de camper le climat de l'après Première Guerre mondiale, ce désir de solitude du héros tourmenté qui devient gardien de phare et de son béguin avec une jolie demoiselle du coin. En habitant et travaillant sur une île recluse, ce couple opte pour un isolement qui peut préserver la passion malgré une existence rude qui est dépendante aux éléments de la nature. Une soif de liberté qui aurait pu emprunter la voie poétique du merveilleux L'île nue de Kaneto Shindo. Le réalisateur embrasse plutôt une forme de romantisme suranné d'un kitch pleinement assumé, quelque part entre Terrence Malick et Nicholas Sparks. Des choix quelque peu douteux malgré la puissance des images d'Adam Arkapwa (la récente version de Macbeth) et de la fine partition musicale d'Alexandre Desplat.

L'oeuvre passe en vitesse supérieure lorsque les amoureux découvrent un enfant et qu'ils décident de le garder. La grande cinéaste Susanne Bier s'est plantée sur Seconde chance en explorant un sujet similaire, mais pas Cianfrance, qui trouve la matière à décortiquer les âmes de ses personnages. L'écriture devient alors plus fine, les dilemmes moraux apparaissent et avec eux des larmes jusqu'à l'épilogue. Offrant une mise en scène beaucoup plus sage que sur ses précédents longs métrages, le créateur ne cherche pas à rivaliser avec le stupéfiant Sunset Song de Terence Davies qui se déroulait presque à la même époque. Sa réalisation conventionnelle guide le récit, élégamment sans prendre beaucoup de risques, si ce n'est dans sa façon de superposer l'ombre à la lumière.

Elle permet d'offrir toute la place aux comédiens qui sont épatants. Michael Fassbender change de registre avec aisance et il est particulièrement nuancé et toute en intériorité, aux antipodes de ses performances dans Steve Jobs et les épisodes des X-Men. Comme c'était le cas dans The Danish Girl, Ex-Machina et Jason Bourne, Alicia Vikander vole la vedette à ses partenaires masculins, livrant une prestation déchirante. Le duo amoureux fonctionne si bien qu'il a décidé de le devenir dans la vie de tous les jours! Plus effacée, Rachel Weisz est pour sa part impeccable, continuant à ramener sa carrière dans le droit chemin en choisissant des rôles substantiels dans des productions aussi variées que The Lobster et Youth.

Film de vent et de déchirements, nappé sous un brouillard qui n'engouffre pas totalement le soleil de vie et d'amour, The Light Between Oceans est un mélo à l'ancienne, d'une pureté classique. Son souffle peut tarder à prendre son envol et sa trop longue durée finit par lasser par moments. Il possède cependant toutes les qualités d'un opus qui chavire par ses émotions et qui transporte par sa grâce. Sans être du même calibre que Blue Valentine et The Place Beyond the Pines, il s'agit bel et bien d'une création de Derek Cianfrance qui est signée par un gros studio américain et ça, c'est plutôt rassurant.

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Photo Martin Gignac

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