Affiche du film  Une vie de chat
© Métropole Films Distribution

Une vie de chat

Version originale en français
29 février 2012

Pour les petits ou les grands?

Photo Par Karl Filion

Une vie de chat, réalisé par Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, est victime d'un mal peu fréquent dans l'offre cinématographique actuelle (et nord-américaine, devrait-on sans doute préciser, même si c'est toujours sous-entendu), mais récurrent lorsqu'il est question de films d'animation. Cela ressemble un peu au cas d'Hugo; c'est un film trop bébête pour des adultes, mais trop mature pour les jeunes enfants. Qui va donc l'apprécier pleinement? Entre vous et moi, je ne connais pas beaucoup de ces énergumènes qu'on appelle « des adultes qui ont gardé leur coeur d'enfants »...

Vrai que « cinéma d'animation » ne signifie pas nécessairement un cinéma familial s'adressant spécifiquement aux enfants (le cas de The Prodigies, sorti la semaine dernière, est un bon exemple, et les sorties, plus mainstream, de Shrek et ses suites, en sont un autre, où on offrait aux parents-accompagnateurs des références adultes). Il ne faut cependant pas confondre cette idée de plaire aux petits et aux grands avec une confusion des publics; ce faisant, on ne s'adresse plus à personne.

Le cas de Une vie de chat est donc symptomatique de cet état des choses; les personnages, les dialogues et les péripéties sont enfantins, mais les thématiques graves - parfois même tragiques - et le traitement visuel sont parfois bien trop dramatiques pour des enfants. L'histoire d'une jeune orpheline muette dont la mère travaille trop à essayer de capturer le mafieux qui a assassiné son mari (donc le père de la petite) et du chat - tueur de lézards - qui devient l'acolyte d'un agile voleur la nuit venue, entre vous et moi, c'est une tragédie, un véritable drame tout ce qu'il y a de plus classique.

Quelques raccourcis scénaristiques (des « coups de chance » narratifs, des personnages plus idiots que naïfs) ne contribuent donc pas à rendre l'histoire plus enfantine, mais bien à la rendre plus accablante, plus simpliste. Et bon enfant, ça ne veut pas dire puéril... Le sujet, sérieux, n'est pas traité sérieusement. Le prétexte de s'adresser à l'enfant dans la salle ne s'applique donc plus lorsqu'on ne s'inquiète pas que des situations « illogiques » (un chat saute au visage du policier qui conduit, permettant au prisonnier de s'échapper; un quatuor particulièrement idiot de mafieux et une odeur de parfum qui « vole » à travers les rues pour permettre de retrouver la piste des méchants...) permettent aux personnages de se tirer de faux pas. D'autant que la plupart des revirements sont loin - très loin - d'être inédits...

L'animation, qui va de mignonne à riche, est souvent assez simple et garde une certaine naïveté du trait. Idéal pour une jolie histoire familiale où une jeune héroïne vit quelques péripéties assez enlevantes ou dans le cas d'un gentil voleur bien-intentionné; beaucoup moins pour une poursuite redondante sur les toits de Paris entre le gentil voleur et les méchants criminels (on n'a même pas abordé la division simpliste des bons et des méchants).

Ce problème de confusion des genres et des publics nous empêche de profiter pleinement du joli travail vocal effectué par les comédiens; ils sont expressifs, convaincants et d'une grande efficacité. Quelques séquences sont également de véritables bijoux visuels, mais c'est l'assemblage qui ici, fait défaut. Pour dix minutes on s'adresse aux enfants, pour les dix suivantes aux parents... pas idéal, pour un film qui dure à peine une heure.

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Photo Karl Filion

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