Affiche du film  Un ours et deux amants
© Les Films Séville

Un ours et deux amants

Version en français
v.o.a. : Two lovers and a bear
v.o.a.s.-t.f. : Un ours et deux amants
5 octobre 2016

Guerre froide

Photo Par Martin Gignac

Cela a pris quatre années à Kim Nguyen pour accoucher d'une nouvelle fiction - Le nez était un documentaire - après son excellent Rebelle. Se déroulant cette fois au royaume de la glace et mettant aux prises deux amants ankylosés (Dane DeHaan et Tatiana Maslany) qui cherchent à se dérober du monde ambiant, Two Lovers and a Bear ne possède pas le même pouvoir d'évocation que son prédécesseur et c'est bien dommage.

La première scène du long métrage offre un condensé de ce qui va suivre. Un personnage parle de son admiration pour Jack White (le leader des White Stripes) et pour le colossal chanteur Gil Scott-Heron. Qu'est-ce qu'on va voir et entendre plus tard? Une sorte de poème sur le sang qui est suivi de ladite mélodie des Stripes et une pièce de GSH.

C'est l'ADN même de cette nouvelle création, qui divulgue oralement une information et qui l'explique à nouveau à l'aide d'images. C'est généralement l'un ou l'autre, pas les deux. Des répétitions qui se mélangent au symbolisme en place (bien sûr qu'il y a une tempête de neige pour exprimer ce désarroi intrinsèque) et qui finissent par alourdir le propos. La finale aurait pu être inoubliable, pourquoi l'atténuer à ce point? À quoi ça sert de faire dire à un policier que notre héros a un problème d'alcool alors qu'on le voit déjà saoul à l'écran? Et pourquoi subtilement laisser entendre que notre couple maudit représente des épaves si c'est pour le mettre au centre de déchets dans la scène suivante? Trop c'est comme pas assez.

Que ce soit dans La cité, Le marais et même Truffe (où la version courte est largement supérieure à la longue), Kim Nguyen a toujours été plus à l'aise avec les images. Elles sont encore une fois magnifiques, baignant dans les formes les plus formidables. Cela se gâche un peu lorsque les mots apparaissent. Ce n'est pas un hasard si Denis Villeneuve n'écrit pas ses scénarios: il est un brillant esthète et Nguyen est également un des plus grands de la Belle Province. Sauf qu'arriver à faire parler nos personnages sans anicroche (Et pourquoi faudrait-il le faire absolument? Il y a quantité d'immenses chefs-d'oeuvre au sein des films muets.) et développer des scripts béton n'est pas donné à tout le monde.

La matière première y est pourtant abondante et généralement intéressante. C'est la rencontre entre deux âmes damnées à l'autre bout de l'univers qui fusionnent avant de constater que la fuite est inutile sans avoir affronté les démons de son passé. C'est l'errance d'un esprit qui pourchasse (un motif déjà présent dans Rebelle), un drôle d'ours en guise de conscience et un sous-texte écologique. Il y a même un transfert assez réussi du drame social et psychologique vers l'horreur vive. Des bribes qui ne s'agencent jamais complètement, à l'effigie de cette banquise en mouvement - presque la même que celle dans Les loups de Sophie Deraspe - que l'on voit déjà trop souvent et qui représente une énième métaphore élémentaire.

Two Lovers and a Bear aurait davantage dû faire confiance à la puissance de ses images. Lorsque les mots prennent le dessus, c'est au détriment de l'émotion et de la poésie. Malgré ses riches intentions et ses convaincants interprètes, le film est beaucoup trop explicatif et redondant, se perdant dans la grisaille tortueuse de son voyage intérieur. Le cinéaste a trop de talent pour ne pas se ressaisir et on lui fait amplement confiance pour la suite des choses.

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Photo Martin Gignac

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