Affiche du film  Closet Monster
© Remstar

Un monstre dans le placard

Version en français
v.o.a. : Closet Monster
28 juillet 2016

Le hamster intérieur

Photo Par Martin Gignac

Xavier Dolan commence déjà à influencer ses contemporains. Son esthétisme clairement défini et parfois envahissant se fait d'ailleurs beaucoup ressentir sur le séduisant Closet Monster de Stephen Dunn, qui a remporté le prix du meilleur film canadien au TIFF l'année dernière.

On y retrouve un jeune homme (Connor Jessup) en pleine crise existentielle et sexuelle, une révolte envers ses parents et des dialogues forts en bouche. Jusqu'à une mise en scène légèrement empesée peuplée de ralentis, d'effets un peu trop racoleurs et d'une trame sonore exquise. Il y a même Aliocha Schneider qui fait fantasmer les héros comme son frère Niels dans le similaire et beaucoup plus ludique Les amours imaginaires.

Ces emprunts ne sont pas trop choquants parce que le cinéaste a l'aisance d'y insuffler sa personnalité et de varier ses inspirations. S'il demeure trop tendre et gentil avec son sujet, quelques excès particulièrement réussis marquent les esprits. C'est le cas notamment de la confrontation finale qui est filmée et montée avec une indéniable force dramatique, créant une tension de chaque instant. Des séquences puissantes qui évoquent en moins étrange le cinéma de Gregg Araki.

Dans cette histoire qui ne brille pas nécessairement par son originalité, le réalisateur et scénariste insufflle des éléments fantaisistes. Le plus incroyable est ce hamster doté de la parole qui possède la voix d'Isabella Rossellini! Quelques moments plus légers et humoristiques qui tranchent avec un symbolisme particulièrement brutal. Le corps du protagoniste tente comme chez David Cronenberg de se rebeller de son propriétaire et la violence ne sera évidemment pas épargnée. Des métaphores pas toujours subtiles qui s'avèrent malgré tout assez efficaces, et qui sont mieux dosées que ces rêves qui flirtent avec le mauvais goût.

Ce que Closet Monster gagne en style, il le perd en profondeur. La psychologie des personnages reste en surface et leurs drames sont un peu trop écrits pour émouvoir véritablement. Il y a toujours un dialogue explicatif qui sort du lot et les moralisatrices cinq dernières minutes du récit resteront longuement en gorge tant elles détruisent pratiquement cette fragile magie où conte et réalité ne formaient qu'un.

Ces défauts qui sont souvent liés à l'inexpérience d'un premier long métrage n'entachent heureusement jamais la performance de Connor Jessup. Ce jeune acteur qui était déjà excellent dans l'implacable Blackbird trouve un autre rôle idéal pour exploiter son physique et son talent. Entouré de solides compagnons de jeu, il porte souvent la production sur ses épaules, livrant la marchandise sans jamais décevoir.

Création courageuse, sensible, exubérante quoiqu'un brin superficielle sur la nécessité de trouver sa place et de s'affirmer, Closet Monster demeure une oeuvre plus que concluante de la part d'un talentueux jeune metteur en scène dont le meilleur reste encore à venir. En compagnie du récent et très maîtrisé Sleeping Giant, on ne pourra plus dire que le cinéma de qualité du Canada anglais ne se limite qu'aux mêmes trois noms.

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Photo Martin Gignac

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