Affiche du film  Tueur d'élite américain
© Warner bros. Canada

Tireur d'élite américain

Version en français
v.o.a. : American Sniper
15 janvier 2015

Balle perdue

Photo Par Martin Gignac

Il y a une décennie, pratiquement tout ce que réalisait Clint Eastwood se transformait en or. Impossible d'oublier des titres aussi marquants que Mystic River, Million Dollar Baby et Letters from Iwo Jima. Mais depuis Gran Torino en 2008, sa traversée du désert semble sans fin. Sans être complètement mauvais, les Invictus, Hereafter et J. Edgar s'avéraient décevants et surtout indignes du talent du créateur des illustres Unforgiven et The Bridges of Madison County. C'est d'ailleurs lorsqu'il s'attaquait à un sujet peu ambitieux - l'adaptation de Jersey Boys - que l'ancien Homme sans nom offrait son divertissement le plus agréable des dernières années. Est-ce que la belle forme d'antan est revenue enfin avec American Sniper?

L'introduction laisse croire que oui. Un sniper américain se trouve sur le toit d'un immeuble d'un pays étranger. Il a dans sa mire un enfant qui va peut-être perpétrer un attentat. La tension est à son comble, il doit absolument prendre une décision s'il presse ou pas la gâchette. Des dilemmes moraux qui sont accompagnés des traditionnels retours dans le passé et d'ellipses trop explicatives. Cet homme est Chris Kyle, un soldat légendaire qui a sauvé plusieurs de ses frères d'armes lors de missions au combat.

Ce fait vécu était le sujet idéal à la renaissance de Clint Eastwood, un cinéaste patriotique fasciné par l'héroïsme qui a toujours été critique envers son pays. Cela tombe bien, il a la chance ici de parler des conditions anxiogènes des États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, de la survie coûte que coûte de ces êtres peu à peu transformés en bêtes sauvages et de leur douloureux retour à la maison, entre l'incapacité de reprendre leur place au sein du cocon familial et le désir de retourner le pus rapidement possible sur le terrain.

Ces sujets sont pratiquement les mêmes que ceux de The Hurt Locker, dont American Sniper fait figure de pâle imitation. Pas que le traitement ne soit pas intéressant, mais il manque seulement de subtilité dans son exécution. Dès le début lors d'une scène se déroulant dans le passé, le père du protagoniste lui rappelle qu'il doit protéger son jeune frère. Une notion qui s'applique également à la nation, du pays de l'Oncle Sam envers ses concitoyens. Mais lorsque c'est impossible, les fondations finissent par s'écrouler. Une métaphore assez élémentaire qui est martelée encore et encore.

La performance riche et complexe de Bradley Cooper dans la peau du héros rachète ce scénario pas toujours bien développé en permettant une identification presque immédiate envers son personnage. Le comédien trouve possiblement son plus beau rôle en carrière, transcendant les nombreux stéréotypes d'usage. Il ne peut pourtant rien lorsque le récit s'emballe et que les répétitions se taillent la part du lion. Alors qu'une spectaculaire tempête de désert s'abat dans le dernier tiers de l'ouvrage, le réalisateur sabote cette scène clé avec des séquences d'action routinières digne d'un disciple de Michael Bay.

Clint Eastwood semble avoir été dépassé par les événements avec American Sniper. En essayant à la fois d'être un pensum profond sur les traumatismes de la guerre et un western musclé qui se déroule au front, il rate sa cible de peu. Encore une fois, on ne parlera pas d'un échec retentissant, mais d'une déception qui se rajoute aux trop nombreuses qui les ont précédées. 

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Photo Martin Gignac

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