Affiche du film  Tromper le silence 
© Les Films Séville

Tromper le silence

Version originale en français
1 septembre 2010

À mots couverts

Photo Par Karl Filion

Après un silence (relatif) de près d'une décennie - son film Crème glacée, chocolat et autres consolations date de 2001 - Julie Hivon se consacre à nouveau au cinéma avec Tromper le silence; un film humble qui évite toute surenchère afin de se consacrer entièrement à l'humain derrière le drame. Avec talent bien souvent, mais avec certaines maladresses parfois; n'importe quel film dont l'élément déclencheur est (plus ou moins) un gars qui se met en rouleau de papier de toilette sur le pénis pour une photo devra prendre le temps de se défaire de cette impression d'étrangeté. Heureusement, il n'y a pas que ça.

Viviane est photographe. Elle fait un jour la rencontre de Guillaume, un jeune mécanicien qui pose comme modèle pour une publicité. Viviane voit chez lui la même force tranquille que chez son frère, qui refuse maintenant de lui parler, elle l'engage donc comme modèle pour un projet personnel. Taciturne, le jeune homme refuse de lui parler de sa vie, mais Viviane s'entête. Elle y trouvera un drame familial profondément enfoui.

Entre la réminiscence de son frère et ce jeune homme qu'elle a découvert et qui exerce sur elle une étrange fascination presque sexuelle, Viviane, photographe (donc artiste) qui travaille à contrat, semble (re)découvrir ce qui détermine son statut d'artiste. Mais cet aspect - fascinant - est ici cruellement sous-utilisé, comme placé au second plan, derrière une histoire de drame familial bien trop anecdotique : l'histoire spécifique d'un cas particulier, qu'on ne saurait associer à un pan plus global de l'humanité.

C'est donc presque aléatoire qu'on s'en émeuve (si cela ressemble à quelqu'un de sa famille, ou à quelque chose que l'on a vécu, bien sûr qu'on pleurera). Mais on n'en retire pas la satisfaction de l'émotion culturellement universelle, qui rassemble sans distinction. L'exemple de La dernière fugue s'y rapporte bien : bien sûr, pour peu que son propre grand-parent ait vécu une situation similaire, on s'émouvra du récit du cas spécifique. Même chose ici. Mais comme on n'est pas en mesure de vivre consciemment l'émotion, on la ressent par réflexe, si, et seulement si, on est en mesure de la ressentir.

Le symbolisme devient parfois un peu lourd pour rien (omniprésence du chemin de fer, eau, déambulations dans le quartier, etc.) et relativement peu signifiant, en particulier dans la première moitié, alors que les personnages se cherchent encore. La distinction entre le temps présent et le flashback se fait difficilement, apparemment parce que Sébastien Huberdeau et Suzanne Clément ont exactement la même allure à l'adolescence qu'aujourd'hui. La finale, qui déboule un peu par surprise dans le dernier tiers, est bien construite une fois les divagations terminées, mais ne s'avère pas aussi efficace que prévu, justement parce qu'elle ne s'adresse qu'à ceux qui peuvent la capter.

Heureusement, les comédiens défendent avec conviction des personnages complexes et les dialogues s'avèrent le plus souvent crédibles. Cela donne lieu à des scènes qui, elles, sont chargées d'émotion (pas besoin de l'avoir vécu pour saisir toute la détresse d'un personnage qui se casse des bouteilles de verre sur la tête devant une foule en délire (et, tandis qu'on y est, pas besoin de connaître son secret non plus)). On savoure ces scènes entièrement, en regrettant qu'on n'ait pas poussé la quête vers une situation plus globalisante. Il n'est pas certain qu'en deux heures on puisse s'attacher suffisamment à des personnages pour partager les émotions qu'ils portent « égoïstement » en eux depuis des années.

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Photo Karl Filion

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