Affiche du film  Triptyque
© Les Films Séville

Triptyque

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Triptych
24 octobre 2013

Cet étrange objet qu'est la poésie du cinéma

Photo Par Karl Filion

Les oeuvres de Robert Lepage, que ce soit sur scène, à l'opéra ou plus rarement au cinéma, sont toujours étudiées et analysées avec le respect que l'on doit à ce créateur d'exception. À chaque fois, on souligne avec justesse l'inventivité de ses mises en scène, l'intégration utile de la technologie dans ses oeuvres et nombre de ses audaces narratives ou scéniques. Au cinéma, cela se transforme souvent en délicates trouvailles qui trouvent leur paroxysme dans La face cachée de la Lune - son meilleur film - sans que ce soit toujours parfaitement maîtrisé. (Il y a d'ailleurs un charme qui y est rattaché.) Il y a toujours quelque chose d'inédit à en tirer, mais tout est rarement parfait. Même chose pour Triptyque.

Ce long métrage réalisé en duo avec Pedro Pires, l'auteur des courts métrages Danse macabre (excellent) et Hope (bof), d'après une pièce-fleuve de neuf heures (Lipsynch) offre de nombreuses trouvailles qui mêlent technologie, Art (actuel et passé) et innovation. Le film démontre aussi une maîtrise de thèmes originaux qui sont néanmoins universels. Ils sont traduits en poésie, en cet étrange objet qu'est la poésie du cinéma.

Parmi les qualités, il faut aussi souligner le talent des comédiens, des acteurs rares au cinéma, mais subtils et efficaces. Lise Castonguay joue sur le fil ténu de la folie; Frédérike Bédard parvient à doser et à partager des émotions diluviennes qui sont difficiles d'accès sans que cela ne paraisse forcé, et Hans Piesbergen, plus clinique, subit une transformation évocatrice. Dans tous les cas, on évite habilement et heureusement la surenchère d'émotions. Ce sont les images, souvent fortes, qui les transmettent, grâce à une beauté et un sous-texte artistiques magnifiques...

Malheureusement, un film divisé ainsi en trois récits est condamné à être inégal. Ici, c'est l'introduction qui est plus faible, le temps que les éléments se mettent en place. L'histoire de Michelle, cette poète-libraire schizophrène, est un peu figée, et le texte, encore trop théâtral, ne convainc pas tout à fait, tirant même un peu vers le burlesque. Puis, à mesure d'une rencontre avec un étudiant préparant un texte sur Claude Gauvreau, le personnage se précise et le film du même coup.

Par la suite, la construction se resserre, les récits s'entremêlent plus efficacement et les digressions se font plus évocatrices; Triptyque fait souvent appel à d'autres formes d'Art pour souligner son propos, et il le fait de la manière la plus délicate possible. Les références à des chefs d'oeuvres (picturaux ou musicaux) sont fascinantes et s'intègrent bien au récit, qui n'est toutefois pas sans longueurs.

On ne le souhaiterait pas, mais la qualité visuelle de certaines images, la faible résolution et l'éclairage parfois artisanal distraient du récit, surtout dans un contexte où, de nos jours, la qualité technique est rarement un problème pour les films, malgré leur budget parfois limité.

Dommage, car Triptyque aurait pu être - et est parfois - visuellement sublime.

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Photo Karl Filion

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