Affiche du film  Tirez la langue, mademoiselle
© Funfilm Distribution

Tirez la langue, mademoiselle

Version originale en français
10 décembre 2013

Solitude collective

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Tirez la langue, mademoiselle est d'une monotonie et d'une fadeur qui sont difficiles à endurer pendant plus de 90 minutes. Le film n'est pas triste, ni embarrassant, juste pâle et traînant. La réalisatrice a choisi des techniques qui encouragent cette lourdeur inhérente. Le zoom et le plan fixe ne sont pas des processus des plus dynamiques. Il est plutôt rare dans la cinématographie moderne de voir ce genre de procédés (peut-être peut-on donc, d'une certaine façon, féliciter son audace). On a l'impression, en regardant le plus récent film d'Axelle Ropert, qu'on a affaire à une vidéo familiale. De plus, les bruits ambiants très forts, les dialogues non isolés et les couleurs neutres confirment cette impression d'inachèvement.

Évidemment, on comprend qu'il s'agit ici d'un style, et que ce n'est pas le manque d'expérience d'Axelle Ropert qui explique ce rendu imparfait, mais un désir artistique différent, plus rêche. Malheureusement, des aspirations esthétiques distinctes sont louables, certes, mais n'excusent pas tout. Surtout pas la mièvrerie assommante d'une oeuvre.

L'histoire de Tirez la langue, mademoiselle n'est pas complètement inintéressante, mais elle manque certainement de vigueur, elle aussi, pour convaincre son public et l'amadouer. Deux médecins, deux frères, travaillant dans le même cabinet, qui tombent amoureux de la même femme, la mère d'une de leur jeune patiente, est une situation plutôt convenue, un triangle amoureux que l'on a vu des centaines de fois. Heureusement, les trois acteurs; Cédric Kahn, Laurent Stocker et Louise Bourgoin, sont habiles et convainquants. La petite Paula Denis est également talentueuse, et, surtout, adorable. Elle nous charme dès sa première scène. Tellement, qu'on a vient à se dire que ses réflexions enfantines et son air espiègle auraient pu pardonner bien des défauts au film si on avait choisi de lui laisser plus de temps à l'écran. Il persiste bien quelques morceaux de charme ça et là, mais ils ne sont jamais aussi forts que ceux qui mettent en scène l'enfant diabétique.

Les dialogues, à l'instar des images, n'ont rien de très vivant. La plupart des répliques sont vides et les émotions, forcées. Même si les acteurs sont compétents, ils n'arrivent pas à nous transmettre la sensibilité nécessaire à notre persuasion. Le public ne croit pas à l'amour que Boris entretient pour Judith (sa déclaration, alors qu'il est client dans le bar où elle travaille, est d'ailleurs assez dubitable). Et la musique doucereuse de flûte de pan et de harpe ne fait qu'empirer la chose.

Tirez la langue, mademoiselle ne se démarque pas dans le paysage cinématographique international. Il y a dans ce film beaucoup de potentiel, à différents niveaux, mais il n'est jamais entièrement concrétisé, principalement en raison d'une neurasthénie généralisée.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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