Affiche du film Suzie
© Les Films Séville

Suzie

Version originale en français
17 avril 2009

Dans la nuit

Photo Par Karl Filion

Le nom de Micheline Lanctôt sera à jamais associé au cinéma québécois, mais ce n'est pas de Suzie dont on se souviendra en premier. Du moins souhaitons-le. Film bancal enrobé d'une musique peu inspirée, Suzie est bien intentionné mais ses nombreuses coïncidences ne trouvent pas l'écho nécessaire dans un récit qui ne parvient jamais à trouver la corde sensible sur laquelle il faut jouer lorsqu'on a sous la main un enfant autiste et une femme forte. Problème de vraisemblance, pas nécessairement de véracité.

Suzie, chauffeuse de taxi de nuit à Montréal, se retrouve un jour avec un petit garçon, abandonné par sa mère dans son taxi, sur les bras. Comme son père n'en veut pas, Suzie va le reconduire chez sa mère, qu'elle retrouve en pleine crise d'épuisement. Afin de soustraire le jeune garçon, qui est autiste, à ce chaos, elle décide de l'emmener avec elle dans la nuit. Suzie voudrait bien l'emmener avec elle au Maroc, à la recherche de sa fille enlevée il y a plus de vingt ans par son père.

Suzie, ce personnage taciturne, confirme que les intentions de la réalisatrice ne sont pas une désagréable surenchère d'émotions braillardes et sentimentalistes. On est dans un monde dur, sérieux, silencieux où le passé guette à chaque coin de rue. L'errance du flot de circulation et des arrière-plans flous représentent, aussi bien que simplement, l'état intérieur des personnages. La réalisation a en ce sens ces moments plus inspirés, tout particulièrement au début du film alors que l'intrigue n'est pas complètement amorcée. Le film a pourtant une esthétique réaliste qui s'avère être trahie à plusieurs reprises.

Si certaines séquences sont particulièrement efficaces, en particulier celles mettant en vedette Pascale Bussière et Normand Daneau dans une confrontation de haute-voltige mais théâtrale, d'autres sont d'une incongruité qui rappelle La capture; une partie de poker totalement surréaliste ne convainc pas du tout car les enjeux sont assez mal définis, et il n'est pas très crédible de croire que de s'enfuir en avion soit une très bonne idée pour quitter le pays avec un enfant kidnappé (sans passeport). La finale est, en ce sens, plus audacieuse encore, y allant du coup de la réconciliation, consensuel et dégonflant. Il y a aussi une pluie de citrouilles qui est si mystérieuse qu'elle devient en fait un symbolisme bancal, disons obscur, donc nécessairement inefficace.

Dommage donc que derrière ces belles intentions et son thème fort et porteur, le film ne parvienne pas à échapper au piège du silence intérieur dans lequel sont emmurés les personnages. L'intériorité, c'est bien, mais au cinéma, c'est très difficile à cerner, surtout dans un univers où l'arrière-plan est aussi chargé que pendant ce soir d'Halloween où tout se joue pour Suzie. La musique, monotone, n'aide certainement pas non plus.

Oeuvre courageuse mais légèrement confuse, ce sont les émotions qui passent difficilement chez Suzie, et avec Suzie. Sans lien avec ce monde intérieur, le spectateur est démuni. Le dernier trait du film ne lui donne que les outils pour être frustré devant le développement impossible de cette histoire de famille pas comme les autres. Or, si toutes les familles ne sont pas « comme les autres », que reste-t-il pour s'en différencier?

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Photo Karl Filion

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