Affiche du film  Saine et sauve
© Alliance Vivafilm

Saine et sauve

Version en français
v.o.a. : Safe
27 avril 2012

Un tueur honnête

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Safe n'est ni bon, ni mauvais, c'est un film anonyme, comme il y en a des tonnes dans le paysage cinématographique américain. Des films d'action qui n'ont de réel intérêt que pour leurs séquences d'action. L'histoire n'est souvent, comme dans le cas présent, qu'une excuse aux combats et aux poursuites, en voiture ou à pied. Elle semble avoir été écrite sur le coin d'une table un lendemain de brosse alors que des idées loufoques bombardaient la tête d'hommes échevelés. Une petite Chinoise brillante (parce que Dieu sait que les Chinois sont un peuple intelligent) est enlevée des bras de sa mère et s'envole vers les États-Unis pour agir comme carte mémoire à des brigands qui refusent d'utiliser les ordinateurs; un postulat plutôt insensé, mais idéal comme toile de fond pour une chasse à l'homme entre policiers véreux et organisations criminelles multiculturelles à travers le Chinatown new-yorkais.

Peut-être peut-on, si on s'entête à trouver un point positif à se cet amas d'insanités, se satisfaire dans le langage convenable des personnages; les Russes parlent russe et les Chinois, mandarin (il faut préciser qu'ils sont tous parfaitement bilingues, mais au moins, entre eux, ils s'expriment adéquatement; une chose dont on oublie souvent l'importance, submergée par l'anglais comme unique dialecte).

On a tenté quelques démarches narratives moins conventionnelles, comme de briser l'ordre chronologique de l'histoire ou de couper abruptement certaines séquences pour lui donner une force actancielle plus grande, mais aucune parmi toutes ces belles intentions n'élève le film au-delà du banal divertissement. La réalisation, elle aussi, cherche à se différencier, à apporter une certaine distinction à l'oeuvre, mais cette caméra convulsée et ces flous - pourtant bien maîtrisés - n'ont que bien peu d'influence sur l'intégralité désespérante du film. Quelques scènes de combats et autres tueries (dans le métro, dans une discothèque) pourraient sans doute être qualifiées d'efficaces et compétentes, mais on les oublie si rapidement à la sortie de ce film insipide, qu'il n'est même pas nécessaire d'en parler.

Jason Statham n'est ici personne d'autre que Jason Statham. Pour ceux (les deux ou trois qui auraient encore de l'intérêt) qui se seraient attendus à une révélation au niveau de son jeu seront déçus puisqu'il incarne cet ancien flic/assassin/boxeur comme tous ses personnages précédents, avec une résignation et une désinvolture accablantes. De voir les larmes couler sur son visage alors que des gangsters viennent de tuer sa femme s'approche dangereusement du point de non-retour dans le précipice insondable du ridicule. La petite Catherine Chan se débrouille généralement bien, son inexpérience devant les caméras et sa naïveté transparente apporte une fragilité et une ingénuité profitable à la fillette surdouée qu'elle incarne.

Safe se perdra rapidement dans la masse. On ne pouvait pas vraiment s'attendre à plus avec une trame narrative et un acteur principal si limités me direz-vous? Peut-être, mais c'est généralement la surprise qui nous amène à nous souvenir d'une oeuvre plus qu'une autre, parce qu'elle nous a ébranlés dans nos appréhensions, qu'elle a poussé - aussi délicatement soit-il - les limites de son art. Dans cet esprit, même Safe aurait pu nous surprendre. Mais, malheureusement, faute de volonté ou par manque de couilles, Safe se perdre rapidement dans la masse.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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