Affiche du film  Rien à déclarer
© Les Films Séville

Rien à déclarer

Version originale en français
26 août 2011

L'union fait la force

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Après le succès qu'à connu Bienvenue chez les Ch'tis - en France et au Québec - les adeptes du genre attendaient avec impatience (et un peu d'inquiétude que le deuxième film ne soit pas à la hauteur du premier – il y a bien eu La maison du bonheur avant les Ch'tis mais personne ne s'en souvient vraiment) Rien à déclarer. Dans le même esprit de légèreté et de sarcasme, Dany Boon nous transporte dans un univers fantasque dans lequel les Belges entretiennent une rancune intarissable pour leurs voisins « camemberriens », les Français. À certains moments, on se croirait dans un Bon Cop, Bad Cop européen; plutôt que d'être un duo de policiers québéco-ontarien, c'est une brigade franco-belge, mais les mêmes farces culturelles reviennent, les mêmes plaisanteries sur l'accent rustre des Belges/Québécois, les mêmes débats sur la légitimité d'une forme d'indépendance nationale. Mais cet humour est efficace... lorsqu'il s'adresse au bon public. Dans le cas présent, on parle aux Français et en tant que Québécois, il nous manque certaines bribes d'informations, de contexte, pour véritablement apprécier le niveau de certaines blagues.

Sans Benoît Poelvoorde, la comédie ne possèderait pas cette fouge qui la différencie des autres productions du genre. L'acteur est d'une justesse incomparable dans le rôle d'un Belge extrémiste qui déteste les Français au point de ne ressentir aucun remord après en avoir tiré un dans le dos. Dany Boon, beaucoup plus effacé, réussit tout de même à se démarquer grâce à ses facéties caractéristiques et ses bourdes calculées (même si, évidemment, on aurait préféré ne pas le voir sauter de la fenêtre de la salle de bain et s'étendre de tout son long dans la boue; ce n'était pas nécessaire pour l'impact comique).

Même si le film commence avec une vigueur et un ton assuré, le mordant s'effrite rapidement et toute la subtilité du récit (qui n'était déjà pas si subtil) disparaît au profit de propos obtus et de gags faciles. Rien à déclarer, comme de nombreuses autres comédies (qu'elles soient Américaines, Françaises ou Japonaises), abuse allègrement des mots anus, fesses, caca et tous leurs dérivés qui appauvrissent inévitablement la qualité du film. Certaines blagues sont habilement trouvées et amusantes (les débuts de l'ère informatique - le film se déroule en 1993 - entraînent certaines situations cocasses, même si ces allusions sont aujourd'hui considérées comme clichées), mais la plupart s'enfoncent dans une vulgarité injustifiée en plus de surcharger le récit.

Le film renferme tout de même quelques trouvailles intéressantes; l'ellipse temporelle du début est l'une des plus belles que le cinéma nous a offertes récemment (on parcoure sept années grâce à un mouvement rapide de la Terre sur son orbite) et le ton général de l'oeuvre, toujours à la limite de la dérision, nous fait oublier momentanément les nombreuses plaisanteries en rapport à de la drogue dans l'anus qu'on aurait passé par les fesses avec du lubrifiant.

Nous aimons rire de nous-mêmes, se moquer de notre culture, de nos habitudes, c'est peut-être un peu pour ça que Bon Cop, Bad Cop avait connu un tel succès au Québec et que Rien à déclarer a été si populaire en France (8 millions d'entrées), mais il faut connaître et avouer ses limites. Lorsqu'un film qui rit d'un peuple sort de son territoire original, il n'a plus le même effet. Nous pouvons bien sûr apprécier les bouffonneries des personnages, mais l'essence du récit nous échappe.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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