Affiche du film  Repreneurs
© Universal Pictures

Repreneurs

Version en français
v.o.a. : Repo Men
19 mars 2010

Un chat mort dans une boîte

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

On débute le long métrage dans un esprit philosophique, nous parlant du scientifique allemand Schrödinger et de ses expériences sur l'indéterminisme, mais tout ça n'est que parure, qu'une illusion de véritables réflexions. La relation conflictuelle entre la science et la liberté de pensée est une amorce audacieuse, qui aurait pu être percutante, mais qui ne fait qu'endormir les cinéphiles les plus progressistes, ceux qui aspirent à davantage qu'un film d'action traditionnel. Repreneurs n'est que pâle copie de ses prédécesseurs. Malgré des prémisses intrigantes et des thématiques d'avant-garde, le film de Miguel Sapochnik ne bouleversa guère les esprits et ne persuadera - encore moins - personne de se questionner sur ses moeurs capitalistes même si, à certains moments, on semble prétendre pouvoir nous conditionner à de telles valeurs.

Après les voitures volantes, les mondes post-apocalyptiques ravagés par des désastres naturels, Repreneurs nous emmène, lui, dans un proche futur saccagé par le profit, hanté par un capitalisme corrupteur. Remy est chargé de récupérer les organes artificiels de certains clients qui n'ont plus la chance de payer la facture. Lorsqu'il est lui-même aux prises avec l'obligation d'acquérir un nouveau coeur, il comprend alors (un peu trop tard...) l'horreur qui l'entoure, la mort injuste qu'il inflige à d'innocents citoyens.

Inspiré d'un roman (comme une majorité de films américains; les idées originales sont-elles nocives?), le film explore des avenues intéressantes : la société de consommation (l'achat à crédit), les avancés de la science, la valeur de la vie humaine, mais qui sont rapidement écartées pour laisser place à des scènes de violence extrême et de tension inutile. Le sang coule à flots - et pas toujours dans l'intérêt d'une narration cohérente -, les morts s'empilent et le protagoniste tombe amoureux d'une belle inconnue suite à un regard (oui, oui, un regard) enflammé; la familiarité navrante d'un Rambo moderne (quelques cabrioles de Jude Law rappellent d'ailleurs - amèrement - le personnage de Sylvester Stallone).

La conclusion semble rendre hommage à l'un des classiques de Terry Gilliam, Brazil. C'est tellement semblable, si bien imité qu'on ne peut se résoudre à la qualifier de plagiat... un pastiche, tout au plus. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les oeuvres de Gilliam, la fin saura irrémédiablement vous plaire, du moins vous surprendre. Jude Law donne une performance naturelle, appréciable. On aurait attendu davantage de l'acteur que l'on a vu dans The Talented Mr. Ripley, mais dans les circonstances, Law s'attaque à l'essentiel (en l'occurence, remplir les salles).

La musique est probablement l'un des facteurs les mieux réussis du long métrage. Certes, ce n'est pas la particularité ou l'intrépidité qui permet au pan musical de se démarquer, mais bien l'efficacité. Un concerto pendant une explosion ou un chant a cappela sur des images d'une ville délabrée n'est certainement pas une innovation artistique méritoire, mais la puissance de ce genre de montage sonore est, encore aujourd'hui, indiscutable.

L'occasion de provoquer, de déranger le public - et pas seulement à cause des giclements de sang - était trop belle pour qu'on la repousse si honteusement du revers de la main en nous endormant avec quelques notions scientifiques élémentaires. Le monde capitaliste a du mal à juger franchement ses propres actions, et même si on accorde le plus prestigieux prix du milieu cinématographique à un long métrage indépendant, ça ne nous donne pas le droit de s'aduler pour autant et de croire que l'introspection est réservée aux prolétaires.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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