Affiche du film  Quai d'Orsay
© Axia Films

Quai d'Orsay

Version originale en français
12 mars 2014

Affaires étrangères

Photo Par Karl Filion

Incursion satirique (mais quand même polie) dans le monde complexe de la politique française, Quai d'Orsay est un film dynamique et souvent brillant, qui confond, qui amuse, qui souligne et qui dénonce tout à la fois, sans tomber dans les facilités du burlesque ou même dans les pièges de la comédie de bas niveau. Au contraire, le film ne cesse de travailler afin d'éviter les évidences, que ce soit au niveau des interprètes, de l'humour, ou même du récit s'inspirant de faits d'actualité.

Le film fonctionne bien parce que le personnage d'Arthur est un allié - et défendu par le charismatique Raphäel Personnaz - qui permet au spectateur de découvrir en même temps que lui le groupe hétéroclite que forment les conseilleurs du ministre des Affaires Étrangères. L'opposition entre la découverte de ce personnage, sa naïveté, et l'expérience de ceux qui ont l'habitude des revirements soudains d'opinion du ministre est un ressort humoristique efficace, tout comme le sont les performances pince-sans-rire des nombreux et dédiés interprètes. 

Le réalisateur Bertrand Tavernier, un vétéran qui a abordé à peu près tous les genres au cours de sa longue carrière, est ici particulièrement inspiré, alors que sa mise en scène trouve avec intelligence et audace des tonnes de petites façons de rendre ce récit ludique et ce personnage de ministre des Affaires étrangères insaisissable, misant, en premier lieu, sur le talent, le charisme et la rareté d'un Thierry Lhermite en grande forme.

Qu'il ait eu et qu'il prenne autant de libertés est réjouissant. Son Alexandre Taillard de Worms, un ministre inspiré de Dominique de Villepin, repousse les limites de la « bêtise intelligente », au plus grand profit du film et de son humour. On y trouve autant de commentaires acerbes sur les politiciens (mais surtout sur leurs mauvaises habitudes, tirant vers la mégalomanie) que de respect pour leur travail insoluble. Les discours enflammés du ministre, aussi passionnés que passionnants, sur les néo-cons, les Stabylo ou les technocrates atteignent des sommets de parodie lors de monologues quasi-lyriques, et c'est le grand talent des acteurs, à n'en pas douter, qui évite la farce.

Le scénario habilement construit d'après une bédé de Christophe Blain et d'Abel Lanzac évite la suite de sketches et propose un récit qui mélange efficacement des concepts bien réels en politique, dont celui, central, d'appliquer concrètement les décisions autant que de les prendre et de les concevoir. Et tout ça même si, au Québec, les élucubrations du vrai ministre qui a servi d'inspiration, de Villepin, ne font pas partie du folklore.

Quai d'Orsay est une réussite, en ce sens qu'il est tout ce qu'on pouvait espérer : drôle, intelligent, efficace et perspicace. Tavernier dirige le tout d'une main de maître et les acteurs profitent pleinement de leur liberté, pour notre divertissement.

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Photo Karl Filion

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