Affiche du film  Potiche
© Les Films Séville

Potiche

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Potiche
11 mai 2011

Blanche-Neige du milieu ouvrier

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

On ne peut qu'être satisfait à la sortie du visionnement du film français Potiche; la fraîcheur de son aspect visuel, la perspicacité de sa thématique, le jeu coloré de ses acteurs, son humour décalé et efficace ainsi que son adroite réalisation permettent à l'oeuvre de s'élever bien au-delà de certains des films qui ont tenté le genre mais qui ne l'ont jamais assumé aussi bien que François Ozon. Potiche réussit à développer - avec intelligence et subtilité - un sujet important, foisonnant, soit le féminisme dans les années 70, sans tomber dans le drame larmoyant ou l'habituel cliché. Catherine Deneuve campe avec brio l'une de ces « nouvelles » femmes d'affaires épuisées d'être encagées dans des valeurs fascistes et un carcan rétrograde. Les subtilités de son jeu, qui nous dévoilent périodiquement les imperfections de celle que l'on clame modèle, réussissent à nuancer adéquatement  le personnage sans le rendre inaccessible et incohérent. Pour ce qui est de ces acolytes à l'écran - Fabrice Luchini et Gérard Depardieu, l'un médisant, l'autre amer -, ils livrent également une performance juste et éloquente qui transcende le simple stéréotype du patron conservateur et du syndicaliste militant.

Potiche est truffé de sous-entendus, de quiproquos, de métaphores, les scénaristes semblant avoir compris (ils devraient peut-être d'ailleurs prendre le temps d'enseigner cet art de la subtilité aux Américains) qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer outre-mesure pour faire comprendre une situation ou une idée au spectateur; il est assez intelligent pour décoder les indices visuels ou scénaristiques que lui révèle le film. Même si on ne s'étend pas sur l'homosexualité du fils, on sait qu'elle existe et qu'elle ne plaira pas à ses proches réactionnaires; nul besoin de nous dévoiler cette scène dont on connaît déjà l'issue. Par contre, les différentes couches de la doctrine féministe et ses résultantes sur la société sont, elles, assez pertinentes et implexes pour être détaillées et expliquées. De la fille égocentrique qui répond : « Non, je pense à moi » lorsque sa mère lui demande si elle s'est interrogée de l'impact d'un divorce sur ses enfants, à la secrétaire-amante du patron qui décide de cesser d'être impunément exploitée et dépréciée, en passant, évidemment, par la « potiche » de service qui décide un jour de prendre la place de son mari; toutes les catégories de femmes sont exploitées - avec respect - mais sans cette montée dramatique, presque tragédienne, censée dévoiler la force légendaire de ces dernières et leur grande perfection. Elles ne sont pas parfaites et ça nous convient.

Certains dialogues parviennent même à faire réagir le public (féminin), à l'ébranler dans ses valeurs les plus profondes. « Tu n'es qu'une femme » et « N'oublie pas où est ta place » sont de puissantes répliques prononcées si candidement qu'il n'est pas étonnant d'entendre la foule réagir, s'offenser. L'humour déphasé, caustique, de l'oeuvre parvient à faire passer le message sans tomber dans le sermon et l'apitoiement (le personnage de Judith Godrèche est d'ailleurs très drôle - malgré sa méchanceté  - parce qu'imprévisible). Le film souffre tout de même de quelques moments de flottement narratif - principalement ceux entourant la relation entre Suzanne et son amant, l'homme politique Maurice Babin - qui nuit à la fluidité générale du récit.

Ce personnage de femme assumée et indéchiffrable possède une force tranquille, une indifférence calculée, qui transcende l'écran et attaque certaines de nos plus sévères convictions. Même si la finale nous laisse sur notre faim, le film français contourne le standard, la plupart des modèles, pour nous livrer une vision audacieuse du féminisme et d'une époque fleurissante de changements.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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