Affiche du film  Nouvelle-France
© Les Films Christal

Nouvelle-France

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Nouvelle-France
25 juillet 2005

Nouvelle-Farce (oups, faute de frappe)

Photo Par Karl Filion
Mélodrame sans grand intérêt, Nouvelle-France souffre d'un académisme primaire, d'une prétention dangereuse et d'un sentimentalisme mal-placé. Franchement, ce film gaspille de l'argent sans vergogne, d'autant qu'il se prétend une reconstitution historique. À en pleurer, mais pour les mauvaises raisons.

Nouvelle-France serait un brillant exercice de style s'il suffisait pour justifier un budget de 33 millions $ d'émouvoir un public conquis d'avance en usant de raccourcis flagrants et en sabotant la présence d'acteurs de renom au profit d'une histoire de famille. Une sorte de syndrome du Québec que celui que de toujours tout limiter à petit, comme si beaucoup d'argent rendait mal à l'aise les producteurs au point de ne plus savoir quoi faire. Le réalisateur, Jean Beaudin, restreint, ou compare - de toute façon c'est maladroit - l'histoire de la Nouvelle-France à Marie Carignan, une paysanne classique très proche de la Corriveau, et à son amour avec François Le Gardeur, un coureur des bois.

Le réalisateur faillit à son travail parce qu'il ne met que très peu en contexte – nul besoin de préciser que, dans une fresque historique, c'est plus qu'essentiel – qu'il néglige la bataille des Plaines d'Abraham, alors que son travail de l'image s'entête à ré-usiner des plans de caméra, à suivre l'action banalement, d'un œil distant et désintéressé. Cette mauvaise manie donne au film une allure préfinie parfois agaçante. Il hésite aussi à se servir adéquatement de la lumière, en fait, il n'y parvient que lorsqu'il utilise la lumière du jour, là, il concentre l'énergie de l'image et lui donne un certain caractère, trop rare cependant pour véritablement impressionner, laissant du même coup un goût terriblement fade dans la bouche d'un spectateur de bonne foi.

Mention honorable aux acteurs, qui sont en majorité très bons, à la limite du stéréotype, mais vibrants d'émotion et d'une honnêteté irréprochable. Depardieu n'est pas aussi colossal qu'à l'habitude, mais son rôle est plus effacé. Noémie Godin-Vigneault surpasse tout le monde grâce à sa frugalité. La petite Juliette Gosselin apporte une naïveté toute particulière aux moments austères du film. David La Haye démontre encore une fois son immense talent grâce à une assurance et une polyvalence uniques. Leur complicité est également exemplaire, pour ne pas dire essentielle à ce récit trop sentimental, qui mérite aussi le reproche de rester complètement étranger aux spectateurs les plus lucides, c'est-à-dire ceux pour qui des méthodes archaïques de manipulation du public ne font plus d'effet. Néanmoins, les acteurs sont efficaces et permettent au film de conserver un quelconque intérêt, ou un intérêt quelconque, jusqu'à sa finale sobre, prévisible mais agréable, dans le sens technique du terme.

La plus grosse production, monétairement parlant, de notre histoire, s'attaque à une partie de ce passé national et vise complètement à côté, préférant la simplicité d'un romantisme déplacée à l'acuité historique souhaitable pour une prétention de cette envergure – pardonnez le lapsus, je voulais dire « production ». Reste qu'il semble, à la sortie de Nouvelle-France, que le film s'est concentré à plaire au grand public, possiblement pour faire le plus d'argent possible. Pardon, je voulais dire « certainement ».
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Photo Karl Filion

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