Affiche du film No Country for Old Men
© Alliance Atlantis Vivafilm

Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme

Version en français
v.o.a. : No Country for Old Men
v.o.a.s.-t.f. : No Country for Old Men
6 novembre 2007

Il n'y a pas de place pour nous deux dans ce désert

Photo Par Karl Filion
Un western moderne particulièrement intelligent et galvanisant. Les confrontations s'enchaînent à un rythme effréné et les réalisateurs impliquent parfaitement le spectateur en lui donnant les indices qui permettent au récit de garder une cohérence. Pas de bêtise ou d'erreur juvénile, on a affaire à des vrais professionnels, autant devant que derrière la caméra. Devant tant de surdoués, on se sent rapidement désavantagé.

Depuis Fargo, les frères Coen ont prouvé qu'ils n'avait pas peur du sang. Dans cette folle poursuite à travers le Texas, accent compris, les quatre personnages de ce qui pourrait bien être une fable cruelle et sensible comme on en voit trop peu souvent; c'est-à-dire où la morale est plus réaliste que dans les contes de fées alors qu'une petite touche de magie vient tout arranger. Ici, la magie sort des canons des fusils.

Llewelyn Moss tombe par hasard sur un sac remplit d'argent abandonné dans un carnage entre trafiquants de drogue. Pour le récupérer, on envoie un tueur en série psychopathe particulièrement doué, pendant que le shérif de la région, un homme expérimenté mais dépassé par les événements, cherche à comprendre ce qui a bien pu se passer.

Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme oppose modernité et tradition sans bêtement comparer jeunes et vieux. Les cowboys se déplacent en voiture et utilisent des silencieux, c'est la nouvelle réalité toute simple de ce pays qui n'est le pays de personne, cette terre aride où on fait ce qu'on a à faire et c'est tout, peu importe les conséquences.

Devant tant de violence et de sang, ce sont les euphémismes qui touchent le plus, comme autant de petites crises cardiaques désamorcées par un humour malsain près de Pulp Fiction. Les observations du shérif et son hésitation à sauter aux conclusions viennent poser un regard particulièrement juste sur un humanisme qui aurait tout d'une maladresse dans ce bain de sang ne serait-ce que du talent des réalisateurs pour la simplicité. Il y a des choses qu'on peut faire et d'autres non. On ne peut pas revenir sur sa parole. C'est tout.

La performance de Javier Bardem est tout simplement magistrale, en tueur impassible à qui il ne reste plus un grain de sable de moralité. Probablement le tueur en série le plus effrayant des dix dernières années. Josh Brolin est excellent aussi dans le rôle du poursuivi, un être simple et pragmatique qui n'a pas l'intention d'abandonner. Et Tommy Lee Jones, parfait dans le rôle du shérif, saisit parfaitement toute la complexité de son personnage, son tiraillement et ses doutes. Faut dire qu'il l'a déjà fait cent fois, ce shérif à la sagesse sarcastique.

Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme tache le tapis et ne va pas le faire nettoyer; ce ne serait pas assez viril. Et pourtant, malgré tout ce sang, le film est touchant et sensible, engageant émotivement et porté par des acteurs merveilleux en pleine possession de leurs moyens. Le meilleur film de l'année jusqu'à maintenant, avec l'autre film qui se passait aussi au Texas, comme s'ils s'y connaissaient en bains de sang.
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Photo Karl Filion

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