Affiche du film  Ne respire pas
© Sony Pictures

Ne respire pas

Version en français
v.o.a. : Don't Breathe
25 août 2016

Avoir le souffle coupé

Photo Par Martin Gignac

Les films sur les invasions de domiciles sont nombreux. On n'a qu'à penser à l'excellent The Desperate Hours où Humphrey Bogart terrorisait ses victimes et au trépidant Panic Room qui permettait à Jodie Foster de protéger sa fille Kristen Stewart. Deux exemples parmi tant d'autres. Don't Breathe part de ce postulat éprouvé pour mieux renverser les clichés. Cette fois ce sont les voleurs qui sont pris au piège de leur hôte: un violent non-voyant aux sens aiguisés et qui cache peut-être quelque chose.

Cet homme est un ancien vétéran qui a combattu pendant la Guerre du Golfe. Un signe - et il y en a plusieurs - que le long métrage doit également être vu comme une métaphore sociale et économique de l'Amérique. Il y a cet implacable climat de pauvreté qui déferle, la délinquance qui régit un Détroit ravagé et un désir de s'enrichir facilement qui pousse la jeunesse aux vices. La fin justifie les moyens, et si le récit n'est pas aussi exceptionnel que le récent It Follows qui joue dans les mêmes plates-bandes, il s'avère tout de même très efficace.

Découvert sur le surprenant remake d'Evil Dead, le cinéaste Fede Alvarez a pris soin de ne pas refaire le même film. On ne cherche plus à choquer et à faire hurler de rire avec l'hémoglobine, mais à tenir en haleine. Un pari généralement réussi, surtout dans sa mise en place. L'effort prend son temps pour camper ses personnages et cette atmosphère de suffocation. Dès que les cambrioleurs adolescents entrent chez leur victime, l'intérieur de la maison est montré presque entièrement à l'aide de quelques élégants faux plans-séquences. Une habitation en apparence normale qui recèle bien des secrets, des dédales et des pièges. Et qui symbolise l'état hanté, de décrépitude et de souffrance des âmes en place.

L'action ne tarde pas à arriver et avec elle la tension, qui est surtout une question d'effets. La lumière se dérobe graduellement et le noir finit par triompher en quelques occasions, amenant avec lui une crainte supplémentaire face à cet homme taupe qui est insensible à cet élément. C'est sans compter sur une bande-son diaboliquement tendue qui fait sursauter aux moindres bruits ambiants. Sans être très effrayant, l'ensemble n'en demeure pas moins divertissant et il y a même quelques clins d'oeil au cinéma d'Alfred Hitchcock.

Pour une rare fois dans ce type d'exercice, les êtres en chair et en sang ne sont pas inintéressants. Peut-être moins les acteurs secondaires qui brillent par leurs stéréotypes, mais les principaux. Vedette de la série télévisée Suburgatory et déjà l'héroïne de la version de 2013 d'Evil Dead, Jane Levy offre une performance sentie et habitée. Il en fallait devant Stephen Lang (Avatar), exemplaire dans la peau de ce vieux soldat rusé. Une prestation tourmentée qui rappelle celle de John Goodman dans 10 Cloverfield Lane. Mention spéciale également à son chien qui n'abandonne jamais sa proie et qui n'a rien à envier à Cujo.

Comme plusieurs créations similaires, les invraisemblances ne sont pas rares. Elles ne gâchent cependant pas trop le plaisir. C'est plutôt la trop longue durée de l'entreprise qui y parvient. L'oeuvre avait trouvé sa conclusion parfaite, féroce et brillante, avec l'ultime arme de destruction. Un peu plus et on se sentait devant une production coréenne ou japonaise, malsaine à souhait. C'était évidemment trop beau pour être vrai et le tout s'étend encore sur 15 longues minutes, répétitives et lassantes. Avant de se terminer sans grande surprise sur une fin ouverte à une suite.

Proposition sombre et brutale qui est loin d'être négligeable, Don't Breathe participe au renouveau du cinéma d'horreur américain en compagnie de The Conjuring 2 et Lights Out. Sans être exemplaire, la progression ne manque pas d'intensité et si elle ne sait pas où se terminer, elle est suffisamment complexe pour satisfaire plus que les simples admirateurs du genre.

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Photo Martin Gignac

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