Affiche du film  Mesnak
© K-Films Amérique

Mesnak

Version originale en français
16 février 2012

C'est pas une raison...

Photo Par Karl Filion

Cette critique aurait pu s'appeler « Idée douteuse », « Hamlet au pays des Indiens » ou même « La tortue sans dessus-dessous » (si on avait voulu faire de la critique-spectacle). Mais non, elle s'appelle « C'est pas une raison... » parce qu'effectivement, on ne peut pas excuser la non-valeur cinématographique en invoquant la valeur sociale. Ne me comprenez pas mal : c'est une excellente nouvelle que des artisans autochtones puissent mener à bien un projet aussi long et fastidieux qu'un long métrage; c'est tout à leur honneur et ils méritent ce droit de parole. Mesnak, cependant, n'est pas à la hauteur de cette idée.

Au centre du problème, le scénario. Comment expliquer toute la panoplie de coïncidences forcées qui permettent à une histoire d'inceste, d'adoption, de meurtre datant d'il y a plus de vingt ans, de mariage et de référendum sur la coupe des forêts, de se côtoyer? Hamlet? C'est pas une raison. Voilà une hypothèse : Mesnak est un film autochtone, portant sur une culture centrale au Québec qui est peu présente dans les médias et les arts en général. Il tient donc du bien commun de la représenter au cinéma, afin d'en dévoiler toute la richesse. Et puis soudain, on a des choses sociales à dire, des choses à dénoncer - breaking news : certains Autochtones ont des problèmes de consommation de drogues, d'alcoolisme, de pauvreté, de perte de leurs racines et Montréal c'est laid par rapport aux belles forêts vierges du Nord... compris? - qu'il faut insérer dans « un film autochtone » digne de ce nom. Ce faisant, on oublie de faire du cinéma.

La réalisation d'Yves Sioui Durand est maladroite et avance à tâtons dans cet univers sur-complexifié. La caméra ne parvient pas à donner un sens à ce qu'elle montre et les interprétations - théâtralisées - sont ampoulées, leurs défauts étant amplifiés par des textes maladroits qui semblent plaqués livrés par des acteurs apparemment laissés à eux-mêmes. Aucun naturel possible dans cette suite de clichés mous, pas plus d'ailleurs que dans cette « traduction simultanée » où les personnages répètent en français ce qu'ils ont déjà dit en innu. Les personnages, bipolaires, colériques et incohérents, sont souvent risibles, en particulier cet aveugle aux cheveux de paille qui a de la difficulté à s'orienter dans sa maison, mais qui prend des marches en forêt. D'ailleurs, on a rarement vu autant de personnages « regarder » à l'intérieur d'eux-mêmes avant d'éclater de rage (ou d'allumer une cigarette en tremblant). Au théâtre, peut-être...

D'autant que les décisions des personnages s'expliquent souvent difficilement : dans la même scène, on refuse de revoir son fils qu'on n'a pas vu depuis vingt ans, on annule un mariage prévu pour le lendemain (auquel on sera finalement présent, après avoir pris une bonne brosse) et puis on réclame son fils. Autre idée douteuse : essayer de s'enfuir subtilement pendant que tout le monde dort, après avoir enfilé une robe traditionnelle qui fait du bruit.

Voilà, c'est bien dommage de devoir le dire ainsi, mais c'est comme ça : Mesnak est un très mauvais film. Qu'il soit québécois, autochtone ou plein de bonne volonté n'y change rien. Ici, c'est le cinéma qui doit prévaloir. Ça ressemble un peu au cas Sortie 67...

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Photo Karl Filion

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