Affiche du film Cursed
© Alliance Atlantis Vivafilm

Maléfice

Version en français
v.o.a. : Cursed
26 juillet 2005

Mal incurable

Photo Par Karl Filion
Maléfice est une fabuleuse comédie, un exemple rigoureux de recyclage et une sublime parodie. Un film à la hauteur de mes attentes. Détrompez-vous, ce n'est pas un compliment.

Le réalisateur Wes Craven (Scream) réalise un film d'horreur digne des meilleurs dépotoirs, brillamment gâché par un humour de bas-étage et une réutilisation minutieuse de meilleures – ou des pires – techniques de tension cinématographique.

Le film offre gracieusement d'intenses moments de rires francs grâce à ses effets spéciaux d'écolier et son interprétation méticuleusement bâclée. Christina Ricci et son teint pâle reprennent les mêmes expressions que dans La famille Adams tandis que Joshua Jackson et son air sérieux émeuvent (lire : font rire aux larmes).

Le film devient une parodie de lui-même alors qu'une demi-femme, qui vient de faire un vol plané de plusieurs mètres, se met à se traîner par les bras dans les feuilles mortes. Le film est commencé depuis cinq minutes à ce moment-là. La suite n'est guère mieux, le film devient particulièrement sanglant sans raison, comme si les litres non-utilisés des plus récents films d'horreur étaient sur le point d'expirer et qu'il fallait absolument les rentabiliser.

Suivent les revirements prévisibles et les dialogues primitifs du scénario, une pénible accumulation des pires clichés de l'histoire : un garçon rejeté, un passé trouble, une collègue désagréable et un petit ami volage. On aurait pu trouver, je pense, d'autres moyens que l'usuel sang et un odorat sur-dévelopé pour nous montrer la transformation progressive de nos deux protagonistes en fade bête à déchiqueter les hommes.

Wes Craven filme avec peu d'intérêt ses personnages unidimensionnels. Il réutilise les plans de caméra des autres films d'horreur et se contente, pour faire peur, des bruits hors-champ. Cela s'explique par la piètre qualité des effets-spéciaux, aisément perceptibles, ridiculement sur-utilisés et dignes d'un amateurisme définitivement passé de mode. C'est tout à fait normal, dans ces conditions, que Craven ait préféré garder sa bête hors du champ de la caméra. Tout de même, un chien enragé qui a l'air d'un ours et une tête fraîchement coupée enlèvent tout sérieux aux scènes et permettent au public de se taper sur les cuisses avec vigueur. On pousse même l'audace jusqu'à utiliser le battement d'un cœur dans l'ambiance sonore pour bien établir la tension.

Les erreurs qui détruisent le scénario sont trop aberrantes et trop nombreuses pour être énumérées – mentionnons seulement des policiers très lents et une finale absurde où Jimmy, tout juste libéré d'un puissant et visiblement douloureux maléfice, embrasse une jolie fille à peine séparée de son petit-ami, aussi présent, qui vient d'avouer son homosexualité – d'autant que d'installer sur des bases aussi faibles des personnages aussi retardés demande une certaine audace qui ne séduit pas, parce que trop, c'est trop; et parce que le cinéma n'est pas un art pour les imbéciles – pour les adolescents oui, pas pour les imbéciles – et que Craven et son mercantile esprit juvénile espèrent vraisemblablement que vous tombiez dans le panneau.

Acceptez mon humble critique comme un sacrifice stoïcien et évitez Maléfice au péril de votre vie, parce que ce genre de cinéma n'est pas digne d'avoir un public. Maléfice, en fait, n'a qu'une belle trouvaille : le générique de fin est particulièrement apaisant.
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Photo Karl Filion

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