Affiche du film  Les herbes folles
© Les Films Christal

Les herbes folles

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Wild Grass
23 juin 2010

On n'est pas à un non-sens près...

Photo Par Karl Filion

Le cas des Herbes folles est certainement un cas particulier. Il ne pouvait en être autrement. D'abord parce qu'il est signé du nom du légendaire réalisateur français Alain Resnais, ce qui le place dans une situation insoutenable (il ne sera jamais plus important que les grands classiques de Resnais, qui appartiennent de toute façon à une autre époque, entièrement révolue, scellée par la nostalgie). Cela le rend extrêmement difficile à comparer, à peser, puisque bien peu de films sont ancrés dans une oeuvre aussi riche et diversifiée que celle de Resnais, qui a probablement tout fait, au cinéma (si cela est possible). On opère aussi parfois une discrimination positive envers le réalisateur à cause, justement, de ses réussites passées. Mais quelle est la véritable valeur de ce film?

Maguerite Muir se fait voler son sac à main. C'est Georges Palet, homme au passé mystérieux, qui le retrouve dans un stationnement. Il le remet à la police, qui contacte Madame - Mademoiselle? - Muir. Elle a une licence d'aviatrice. Elle décide de remercier M. Palet, donc elle l'appelle, mais la conversation tourne court. Il rappelle, lui écrit, rappelle encore. Il va chez elle, crève les pneus de sa voiture. Elle contacte la police, mais elle s'ennuie. Elle l'appelle, mais tombe sur sa femme. Au travail, rien ne va plus. Elle l'aime. Elle l'aime? Et lui?

La légèreté de la proposition n'a d'égal que la lourdeur du récit; amour, passé obscur, vie de famille malsaine, dans une telle ambiance de bonheur et de nonchalance : on me le jurerait que je n'y croirais pas. Mais oui, c'est possible de placer un film directement entre la comédie et le drame, de manière à ce qu'il soit aussi dramatique que drôle, en tout temps. C'est la fraîcheur du traitement, les références cinématographiques (à l'objet cinéma directement, en fait) et les libertés prises qui permettent à ces Herbes folles d'être une belle folie. Il faut différencier l'absurde et le non-sens, et Resnais, qui a toujours été moderne, s'intéresse à ces herbes qui décident de pousser n'importe où, à ces sentiments, peut-être, qui décident de naître d'eux-mêmes, et à l'absurdité des relations sociales en général. L'impudeur (verbale) des personnages le souligne magnifiquement.

Resnais connaît ses/ces acteurs (ceux-ci, celui-là) mieux que quiconque et les met en valeur d'une magnifique façon. Autant Sabine Azéma qu'André Dussolier sont d'une justesse que d'autres devraient jalouser, malgré l'incongruité consciente de leurs personnages. Leur plaisir est non seulement contagieux (formulation assez douteuse de toute façon), il est palpable, il est logique. Même si les revirements du récit ne le sont pas toujours. Et que ça n'a aucune importance.

Ce n'est pas parce qu'il se permet toutes ces libertés que le film ne souffre pas de quelques longueurs et répétitions qui s'insèrent mal à l'ensemble. Mais en-dehors de ça, son étrangeté est un délicieux plaisir cinéphilique (et littéraire - la vigueur des dialogues y étant pour beaucoup dans l'efficacité des comédiens et du récit). Ses quelques moments d'absurdité pure - le dernier plan, particulièrement - laissent aussi perplexe. Mais un premier visionnement ne saurait rendre justice à ce film. Un second est chaudement recommandé.

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Photo Karl Filion

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