Affiche du film Les fils de l'homme
© Universal Pictures

Les fils de l'homme

Version en français
v.o.a. : Children of Men
5 janvier 2007

Fermer la lumière

Photo Par Karl Filion
Un film d'une grande qualité visuelle, d'une grande rigueur scénaristique et merveilleusement transporté par les larges épaules de Clive Owen. Une véritable claque au visage d'actualité.

Rien ne laissait présager, à la sortie de Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, qu'Alfonso Cuarón réaliserait comme prochain projet un film aussi accompli et engagé socialement. Un film de détails, minutieusement conçu, prêt à être montré. Et surtout prêt à être vu.

En 2027, à Londres comme partout ailleurs, les femmes ne peuvent plus avoir d'enfant. Le plus jeune humain de la planète, âgé de dix-huit ans, vient de mourir. Et tandis que certains groupes rebelles tiennent tête au gouvernement, ce dernier s'applique à déporter les immigrants massivement. Jusqu'à ce que Theo, ancien rebelle devenu fonctionnaire, reçoive la mission d'aider une jeune femme enceinte à rejoindre la côte et à quitter le pays.

Clive Owen incarne cet homme d'âge moyen, d'allure moyenne et de classe moyenne dans un monde devenu bien trop sombre pour lui. Cynique, désabusé, il accomplit ses tâches quotidiennes machinalement sans se demander pourquoi l'humanité en est arrivée là. Personne ne semble le savoir, d'ailleurs.

Children of Men pose un nouveau regard sur un monde post-apocalyptique déjà exploité régulièrement au cinéma. Sauf que cette fois, l'humanité n'est pas décimée d'un coup par une explosion nucléaire ou par une pandémie; son agonie est lente et douloureuse, avec tout le temps qu'il faut pour voir venir la fin, ce qui est probablement bien plus près de la réalité. C'est un thriller mais ce n'en est pas un; impliquant et violent, mais réflexif et plein d'humanité sans bons sentiments. Ce n'est rapidement pas tant le sort des personnages qui importe, mais celui de toute l'humanité. Et à la voir, difficile de dire ce qui pourrait pousser quelqu'un à la sauver.

Impossible de ne pas se sentir concerné, tellement le monde construit est réaliste et tellement les acteurs vibrent devant les événements, sans appuyer. De la retenue dans le drame et dans la souffrance, voilà tout ce qu'il faut pour la partager. Mention spéciale à la bande-son et au bruit des sandales, véritable jalon de réalité, véritable gage d'efficacité pour un film qui espérait toucher sans effrayer.

Un message d'avertissement ou un film visionnaire, il faudra probablement vingt ans pour saisir toute la portée de ce film d'exception, qui trouve son juste écho par ses clins-d'oeil au présent et au passé; les camps de concentration rappellant l'Holocoste, la montée de la religion rappelant cruellement le présent. Et cette idée de déporter les immigrants, qui ne peut pas être un hasard considérant les origines mexicaines du réalisateur.

Difficile de trouver à travers toute cette brume londonienne un peu d'espoir pour s'accrocher. Et malheureusement, le film, comme l'humanité, ne sait pas se terminer. Vrai qu'il faut probablement beaucoup de courage pour éteindre la lumière sur tout un monde de saveurs et de différences, mais sans doute beaucoup moins sur ce monde d'égoïsme et de mépris.

The last one to die please turn out the light.
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Photo Karl Filion

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