Affiche du film Les doigts croches
© Alliance Vivafilm

Les doigts croches

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Sticky Fingers
31 juillet 2009

« Monsieur, je vous en prie, délivrez-moi de ma torture! »

Photo Par Karl Filion

Avec son ton bon enfant et ses comédiens dynamiques et expérimentés, Les doigts croches, le premier long métrage de Ken Scott, s'avère être un film québécois d'une grande finesse, à la fois artistique et philosophique. Sans aller jusqu'à révolutionner quoi que ce soit, surtout pas la morale, voilà un divertissement d'été minutieux et réalisé avec grand talent, bien rythmé et qui aurait difficilement pu être plus réussi. Plus audacieux, cela va sans dire. Mais plus réussi?

Six petits criminels du « faubourg à m'lasse » réalisent un jour leur grand coup en dérobant 2 millions $ à une banque de Montréal. Ils sont capturés, mais l'un d'eux réussi à s'enfuir avec l'argent. Lors de leur libération, quatre ans plus tard, les cinq autres devront se rendre en Espagne afin de réaliser le pèlerinage de Compostelle pour retrouver leur part du magot. À l'arrivée, ils devront aussi avoir changé. Mais comment changer? et quoi?

Les doigts croches se déroule constamment dans la joie et la bonne humeur. La musique et ses refrains populaires appuient agréablement cette petite promenade dans laquelle on s'amuse beaucoup des quelques mots d'esprit de ces cinq personnages attachants qui tentent sans arrêt de « s'ammancher ». La langue, la direction artistique et la réalisation de Scott s'entendent sur un même but : favoriser l'immersion, le temps d'un film, dans ce monde qui est loin à la fois temporellement et historiquement.

Les personnages sont tous bien définis, à l'exception de certains personnages secondaires - très secondaires... - dont on se débarrasse rapidement. Les doigts croches n'est pas la comédie la plus drôle de l'année, mais c'est peut-être la plus honnête, puisque les personnages ne s'éjectent jamais de la cohérence interne du film au nom de la blague facile ou d'un gag éphémère. Pas de surenchère, seulement l'efficacité. Cela tient aussi pour la réalisation, soignée et attentive aux détails, réduisant ainsi au minimum les accrocs possibles.

Aucun des comédiens, qui ont tous beaucoup d'expérience, n'est véritablement mis au défi par son personnage, ceux-ci sont rapidement cernés par ceux-là, rendant de ce fait l'histoire plus dynamique tout en favorisant son épanouissement. Le « bon » déroulement d'un récit, c'est peut-être, d'une certaine manière, celui qui est « juste », mais c'est aussi cela qui est forcé par la cohérence interne du film. Les doigts croches ne se fait pas de fausses idées et s'y dévoue entièrement.

Le récit est d'ailleurs rondement mené, allant à l'essentiel. Lorsque les enjeux cinématographiques sont si peu élevés, on ne peut pas demander mieux. En puisant ses inspirations autant dans L'informateur que dans L'inconnu de Las Vegas, le film est peut-être limité dans son développement, d'autant qu'il hésite à oser de quelque manière que ce soit. Pourtant, on parle ici d'une réussite dans la manière de faire, un sommet d'efficacité et de résultat. Et on oublie trop souvent qu'il faut juger du résultat, pas de l'intention.

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Photo Karl Filion

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