Affiche du film  Les chroniques de Narnia : L'odyssée du passeur d'aurore
© 20th Century Fox

Les chroniques de Narnia : L'odyssée du Passeur d'aurore

Version en français
v.o.a. : The Chronicles of Narnia: The Voyage of the Dawn Treader
10 décembre 2010

Sinbad et l'épée des sept seigneurs

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Un monde fantastique comme celui de Narnia n'est pas accessible à tous les publics. Il faut, comme nous l'apprennent d'ailleurs à tour de rôle les créatures de cet endroit farfelu, se laisser emporter par l'illusion sans la remettre continuellement en doute. Nous devons instinctivement autoriser notre raison à croire qu'un manoir invisible ou qu'un dragon volant sont plausibles, sinon, il est bien évident que l'expérience nous laissera un goût amer - probablement indélébile. Il n'y a par contre pas que le public qui doive faire des efforts pour se plier aux exigences d'un tel univers : un travail de conception très pointu et une scénarisation agile et affûtée sont nécessaires pour permettre une intelligibilité suffisante et une immersion complète. Malheureusement, certains aspects narratifs et la médiocrité du 3D (qui, pour la première fois, nuit considérablement à l'histoire plutôt que de l'optimiser) nuisent à la cohérence de Narnia et finissent par abandonner lâchement son public dans la confusion.

Lucy et Edmond doivent rester chez leur méchant cousin Eustache en Angleterre jusqu'à la fin de la guerre, alors que les deux aînés sont déjà en Amérique. En observant un tableau se mouvoir de lui-même, Lucy, Edmond et leur odieux cousin sont propulsés dans le monde de Narnia. Ne sachant au préalable pourquoi, ils se retrouvent soudain auprès du prince Caspian et de son équipage et ils découvrent bien vite que le mal s'abat sur Narnia et que pour l'arrêter définitivement, ils doivent retrouver les sept épées magiques des seigneurs disparus et les réunir à la table d'Aslan.

On nous entraîne dans ce nouvel opus avec légèreté et nonchalance; les prémices ressemblent davantage aux aventures de Sinbad (d'ailleurs, les similarités physiques entre le marin légendaire et le prince Caspian sont frappantes) qu'aux périples héroïques auxquels nous avaient habitués les précédents Narnia. Mais bien rapidement (trop), le récit nous plonge dans une quête chevaleresque pour sauver le monde et retrouver les pauvres innocents qu'on envoie en offrandes à un brouillard verdâtre (… je rappelle que le film nécessite une importante ouverture d'esprit, une fertile imagination). Les enjeux passent spontanément d'un voyage de plaisance à une course pour la survie d'un peuple. Une conjoncture particulièrement déstabilisante pour le spectateur qui n'a guère le temps d'assimiler la sévérité de la situation, et ce, même si le personnage du jeune Eustache, nouveau venu à Narnia, nous met en contexte et aide les novices de cet univers fantastique à intégrer l'histoire.

20th Century Fox, le studio qui a acheté les droits de Narnia à Disney l'an dernier pour réaliser un nouveau chapitre de la série, aurait dû s'inspirer des bonnes intentions de Warner Bros. (qui n'a pas sorti Harry Potter en 3D à cause de sa qualité discutable) et éviter d'imposer à Narnia cette nouvelle technologie qui ne fait que gâcher la pertinence des images - qui est pourtant manifeste - en l'assombrissant et en réduisant le champ et la perspective de cette dernière. Pour la première fois - et, tristement, probablement pas la dernière - le 3D est parvenu à atténuer la qualité d'une oeuvre jusqu'à la rendre quelconque.

L'une des faiblesses de Narnia - que l'on retrouvait également dans les deux opus précédents - est cette tendance harassante à réitérer continuellement les mêmes morales d'une manière faussement glorieuse. Les préceptes les plus efficaces et les plus honnêtes sont ceux que nous n'avons pas besoin d'expliquer en détail par l'entremise d'un lion aux allures divines. L'espoir, la confiance et la fraternité sont pourtant des valeurs rudimentaires que l'on pourrait si bien évoquer par des gestes plutôt que par des maximes clichées et insipides.

Si les différentes épreuves avaient été jointes avec plus de rigueur et que la qualité des effets spéciaux était restée la même jusqu'à la fin (la mort synthétique du serpent de mer frôle le ridicule) peut-être que Les chroniques de Narnia : L'odyssée du Passeur d'aurore aurait eu la force nécessaire pour convaincre le spectateur qu'un lion qui parle et d'une souris qui combat à l'épée sont tout aussi loufoques qu'un cellulaire intelligent.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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