Affiche du film Le zodiaque
© Paramount Pictures

Le zodiaque

Version en français
v.o.a. : Zodiac
1 mars 2007

Les signes

Photo Par Karl Filion
Après Fight Club et Panic Room, le réalisateur David Fincher retourne vers le monde des tueurs en série, qu'il avait déjà exploité dans Seven. Il s'intéresse à nouveau bien plus à l'aspect psychologique du tueur qu'à la cruauté de ses meurtres, et s'inspire d'un fait réel pour raconter l'histoire de Robert Graysmith, caricaturiste au San Francisco Chronicles. Effacé dans la première partie du film - qui a les allures d'un long préambule - il deviendra vite obsédé par le tueur du Zodiaque, un criminel que la police n'arrive pas à capturer. Il en écrira même un livre, duquel est inspiré le film.

Même s'il est trop long, Le zodiaque regorge de trouvailles et de moments extrêmement efficaces de suspense. Fincher joue adroitement avec le mystère qui entoure cette histoire sordide de meurtres en série et les diverses pistes de l'enquête, qui demeure irrésolue. Il s'y perd, parfois, mais parvient à exprimer le désarroi de ses personnages en sabotant systématiquement chaque piste, en brouillant les cartes à maintes reprises. Ce qui devient évidemment frustrant à la longue, jusqu'à ce qu'on voit l'habile jeu de Fincher se dévoiler, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'il n'est pas question ici d'un tueur ou d'une enquête, mais bien des gens qui la font. S'il avait voulu, Fincher aurait pu conclure l'enquête en lançant une explication en l'air; il préfère s'abstenir et offrir un divertissement différent. Et sans abandonner ses bonnes habitudes cognitivistes, il met en place divers indices qui annoncent les événements à venir pour encore plus de suspense.

Jake Gyllenhaal joue sans excès le rôle du timide Graysmith, tandis que Robert Downey Jr. lui donne une contrepartie enflammée et débonnaire. Mark Ruffalo parvient à adouçir suffisamment son personnage de policier stéréotypé pour l'intégrer dans l'histoire; il en ressort une prestation incarnée par un trio d'acteurs extrêmement bien dirigés. Une solide distribution de soutien vient appuyer le jeu des trois acteurs principaux, le véritable sujet du film.

La caméra d'observation de Fincher pose un regard tout aussi modeste sur les événements, en s'effaçant à la moindre occasion. Plus pragmatique que significative, elle rend tout-à-fait justice à l'ambiance du film, à son réalisme propre, qui a nécessité de nombreuses ellipses savamment amenées.

Si la plupart des films d'enquête s'attardent à des tueurs en série de génie qui ne sont attrapés qu'en cas d'erreur, celui-ci n'a rien d'un génie. Ses méthodes sont improvisées et décousues, ce qui donne d'autant plus de maux de têtes aux enquêteurs... et aux spectateurs qui s'appliqueront par habitude à tenter de découvrir l'identité du meurtrier avant les personnages. Peine perdue. Moins sadique que Seven, le film n'est ni un thriller conventionnel, ni un drame convenu, mais une incursion du cinéma classique et commercial dans le monde du méta-cinéma, où ses créateurs ont appris des cinéastes avant eux et s'appliquent à déconstruire ce qu'ils savent. Le zodiaque n'a rien d'expérimental en apparence, mais il s'éloigne rapidement des schèmes établis et des conventions. David Fincher devient, en se bâtissant une impressionnante filmographie, l'un des cinéastes modernes les plus intelligents de sa génération. Et avec une certaine ironie, il s'amuse à recycler les vieilles théories du cinéma narratif pour les pousser plus loin, jouer avec elles, faire voir leurs faiblesses. Un vrai plaisir, particulièrement lorsqu'on n'est pas trop rancunier.
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Photo Karl Filion

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