Affiche du film  Le tireur
© Remstar

Le tireur

Version en français
v.o.a. : The Gunman
19 mars 2015

Regarde mon corps

Photo Par Martin Gignac

Sean Penn est un grand acteur, ayant joué dans quelques-unes des meilleures fresques des dernières décennies (The Tree of Life, Mystic River, Dead Man Walking). Sauf que ses longs métrages font rarement de l'argent. Pour remédier à la situation, il a fait appel au cinéaste Pierre Morel, qui a transformé Liam Neeson en héros de films d'action grâce à Taken.

The Gunman est issu du même moule, seulement un peu moins stupide et ridicule. Quoique... Le mi-cinquantenaire incarne un homme qui est tourmenté par son passé. Après avoir plongé le Congo dans le chaos, il se met à avoir des étourdissements. Un poids énorme pèse sur sa conscience (ce qui explique sa condition?) et il va user de toutes les violences afin d'abattre les hommes qui veulent lui faire payer ses erreurs pour pouvoir ainsi expier ses fautes.

Idéologiquement, c'est le film parfait pour Penn, qui est de gauche mais voue un culte aux armes à feu. Les grandes entreprises de pays civilisés qui pillent les régions en voie de développement en prennent pour leur rhume. En plus d'être producteur, il est un des scénaristes de cette adaptation du roman de Jean-Patrick Manchette, qui avait déjà été transposé en 1982 sous le titre Le choc et qui n'était guère convaincant malgré la présence d'Alain Delon et de Catherine Deneuve.

Contrairement à un '71 qui utilisait la situation historique et politique pour la mettre au service de son suspense anxiogène, il est plutôt question ici d'un vulgaire thriller avec un nombre incalculable d'affrontements et de poursuites. Tous les enjeux intéressants servent de prétexte à une intrigue guère inspirée ou relevée. Les rebondissements se devinent longtemps à l'avance et la mécanique a tôt fait de tourner à vide.

Ce qui aurait dû être sérieux se transforme en farce, volontaire ou pas. Sean Penn finit par devenir le principal sujet de l'exercice et c'est bien dommage. Rapidement ce n'est plus le récit qui compte, mais ses muscles et ses biceps. Il fait du surf et aime se promener torse nu pour rappeler aux spectateurs qu'il est bien conservé. Cela explique peut-être cette romance imbuvable avec la magnifique Jasmine Trinca (Une autre vie) qui a 21 ans de moins que lui. On doute toutefois que les nombreux ralentis pendant leurs préliminaires donneront des frissons à qui que ce soit.

La vedette, qui a remporté deux Oscars, n'arrive pas à être convaincante dans le rôle principal, alors peut-on plaindre ses partenaires de jeu qui sont mal utilisés? Oui, parce que les Javier Bardem, Idris Elba et autres Ray Winstone sont des comédiens extrêmement talentueux qui méritaient mieux. Mieux que cette superproduction souvent illogique où un homme malade et d'un certain âge vainc tous ses adversaires spécialement entraînés.

Ce long métrage aurait facilement trouvé sa place au rayon des efforts d'action oubliés des années 80 et 90 (tout juste à côté de The Specialist avec Sylvester Stallone). Même que les amateurs invétérés du genre risquent d'y trouver leur compte. Il y a suffisamment d'explosions pour éloigner Morphée et le réalisateur Pierre Morel offre son moins pire travail en carrière (outre Taken, sa fiche de route compte Banlieue 13 et From Paris With Love). Mais à force de toujours resservir le même moule, il ne faut pas se surprendre de décrocher et vouloir passer son chemin.

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Photo Martin Gignac

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