Affiche du film  Le temps d'un été
© Les Films Séville

Le temps d'un été

Version en français
v.o.a. : August: Osage County
8 janvier 2014

Acte I

Photo Par Karl Filion

Le cinéma pige allègrement dans le corpus théâtral pour trouver de nouvelles histoires à raconter. C'est logique et pratique à la fois : le théâtre est un art visuel et dramatique, et malgré certains créateurs plus inventifs que d'autres, son dispositif demeure simple, porté sur les dialogues et le jeu. Sauf que, bien sûr, les deux médiums ne sont pas parfaitement compatibles, vu les obligations spatiales (le cadre est fixe, il n'y a (théoriquement) qu'un seul angle de vue), et on constate souvent des faiblesses proprement cinématographiques à ces transpositions de la scène au grand écran (comme ce serait sans doute aussi le cas à l'inverse).

C'est justement le cas avec August: Osage County, réalisé par John Wells d'après une pièce de Tracy Letts, qu'il transpose lui-même au cinéma. Le dispositif, l'histoire dans son essence même, sont davantage associés au théâtre, avec leurs soupers de famille (relativement figés), leurs longues discussions entre deux personnages à la fois, leurs révélations-chocs sur le passé; tous des mécanismes qu'on associe davantage à l'art de la scène. Reste que le travail de Wells, s'il est compétent, n'est finalement qu'utilitaire et impersonnel : il place sa caméra là où il le faut pour qu'on voie et entende bien.

Comme les personnages sont nombreux, certains sont sous-utilisés, malgré qu'ils soient interprétés par des acteurs de grand talent (le clivage hommes-femmes n'est certainement pas accidentel...). Benedict Cumberbatch, Ewan McGregor, Chris Cooper et Dermot Mulroney sont souvent de vulgaires tapisseries qui servent de faire-valoir, ce qui n'est pas à la hauteur de leur talent. Juliette Lewis en fait trop et son jeu manque de subtilité face aux plus convaincues et convaincantes Julia Roberts et Meryl Streep. Au contraire, on découvre avec Julianne Nicholson une actrice capable de beaucoup de subtilité. Margo Martindale est comme toujours excellente.

Hors, comme c'est souvent le cas lorsqu'on adapte une pièce de théâtre, le jeu prend trop de place dans le dispositif cinématographique. Ces grandes envolées quasi lyriques conviennent moins bien au contexte filmé, et les phrases trop écrites, trop bien dites, affectent le réalisme de l'histoire. Les personnages sont alors moins palpables, moins plausibles.

C'est dommage, car cette histoire a son lot de surprises et évoque parfois avec subtilité des problèmes familiaux intéressants. Le dosage entre drame et humour, subtil et jamais vulgaire, est bien trouvé, et en général, le film se laisse regarder avec curiosité jusqu'au prochain revirement. Si les thèmes sont habituels et presque redondants, le récit demeure crédible.

August: Osage County est donc un drame familial compétent, surtout grâce au jeu des comédiennes principales, mais ne parvient pas à nous faire oublier ses origines théâtrales. Son récit évite habilement le mélo et conserve une bonne dose d'humour, ce qui le rend agréable malgré ses quelques défauts.

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Photo Karl Filion

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