Affiche du film  Le semeur
© Les Films du 3 mars

Le semeur

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : The Sower
7 mai 2014

Folies de jardin

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Je disais tout récemment que de critiquer un film de fiction comme Uvanga n'était pas une tâche aisée, sachez qu'à ce moment, j'ignorais qu'il me faudrait, quelques jours plus tard, aborder Le semeur. Noter et commenter un portrait documentaire est un défi de taille. Il s'agit d'une oeuvre contemplative, sans ligne directrice bien définie ni scénario à proprement parler. Une percée momentanée dans la vie d'un agriculteur/artiste, un homme inspirant, mais dont on apprend si peu qu'on n'arrive jamais à s'attacher vraiment. Le but d'un film comme celui-ci n'est peut-être pas l'attachement au protagoniste, mais pour conserver l'intérêt du public suffisamment longtemps, il aurait été intéressant d'en connaître davantage sur le « héros ».

Il faut attendre jusqu'à la cinquième minute avant d'entendre le premier mot. L'introduction est une suite d'images nous dévoilant un homme et ses légumes. Il vide une courge, tamise des graines, numérise une carotte pour en faire, ultimement, une murale, le tout dans un silence noble et digne, mais irrémédiablement accablant. Les monologues du protagoniste sont épars. Il nous faut un certain temps avant de comprendre l'essence de l'oeuvre, d'en connaître son sujet principal. Ce détachement et cet abandon du spectateur par la réalisatrice (volontaire ou pas) comportent énormément de risques et, malencontreusement ici, on ne se sent rapidement plus concerné par l'odyssée de l'horticulteur. Il s'agirait d'un euphémisme de dire que Le semeur manque de rythme, puisqu'il n'en possède tout simplement pas. Ou s'il en a un, il est si lent, qu'il est difficile à saisir.

Pourtant, l'individu a été habilement et intelligemment choisi par la cinéaste. Le personnage en est un intrigant qui valait amplement ces quelque 77 minutes de gloire. Ce maraîcher amoureux des plantes autant que de l'art est un sujet d'étude fort judicieux pour ce genre de portrait. Mise à part Rolande, une vieille dame qui a beaucoup apporté au protagoniste en lui enseignant ce qu'elle savait (c'est ce qu'on suppose puisque rien n'est vraiment expliqué dans ce film), personne ne s'exprime à l'écran, excepté le principal intéressé. Contrairement à plusieurs documentaires du même genre, on ne sent pas que le protagoniste répond à des questions de la réalisatrice, camouflée derrière la caméra. On a davantage l'impression d'être témoin de son quotidien.

Même si elles sont languissantes et posées, les images que choisit de nous montrer la réalisatrice sont généralement superbes. Certains plans traînants renferment une sincère beauté et démontrent la passion de l'horticulteur. Il est évident que Le semeur ne s'adresse pas à un public de profanes. Ses 77 minutes seront irrémédiablement pénibles pour un oeil non averti, mais pour des habitués du style académique qu'est le portrait documentaire et pour des amoureux de botanique, Le semeur peut s'avérer un choix judicieux. Tout est une question de perspective, et surtout, d'intérêt général.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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