Affiche du film  Le Passe-droit
© Warner Bros. Canada

Le passe-droit

Version en français
v.o.a. : Hall Pass
24 février 2011

Fidèles

Photo Par Karl Filion

Le genre comique est tellement complexé - particulièrement aux États-Unis - qu'on a, plus souvent qu'autrement, droit aux mêmes blagues répétées encore et encore d'un film à l'autre. Cela devient particulièrement lassant, puisque la surprise est souvent le meilleur ami de l'humour et qu'on ne saurait véritablement rire d'une blague prévisible. Alors qu'on n'espérait rien, Hall Pass parvient à étonner, souvent par son audace, mais aussi par sa maturité franchement imprévue. N'allons pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'un film « mature » des frères Farrelly; quand même pas, mais on y perçoit quand même une pointe d'intelligence.

Même s'ils sont mariés, Rick et Fred sont persuadés que leur charme opère encore et que s'ils étaient célibataires, ils séduiraient de nombreuses et magnifiques femmes. Pour Maggie et Grace, leurs épouses, la situation est devenue insoutenable tellement les hommes sont obsédés par le sexe. Elles décident donc de leur offrir un « passe-droit », c'est-à-dire une semaine sans obligations liées à leur mariage. Pour Rick et Fred, ce sera une semaine de dur retour à la réalité : les choses ont bien changé depuis qu'ils ne sont plus célibataires.

On ne s'étonnera pas que les relations de couple fournissent la matière première à cette comédie sur le sexe; c'est pratiquement obligatoire et le sujet est riche. Ici, l'observation de la mécanique du couple, même simplifiée au maximum pour le bien du cinéma, s'avère particulièrement juste et révélatrice. La vulgarité, qui est bien présente au coeur de l'oeuvre des frères Farrelly, sert apparemment à examiner jusqu'où peut aller l'humour dans un contexte adulte; il n'y a rien qui ne soit pas « normal » (du type « on est tous pareils ») dans Hall Pass, et il est assez improbable de se choquer de voir un (ou des) pénis sur grand écran, puisqu'on est habitués de voir les seins des femmes.

De la même manière, d'explorer aussi crûment l'infidélité (ou le fantasme d'infidélité), entre autres par rapport aux conceptions masculine et féminine de la chose, s'avère des lieux d'observations justes et amusantes (quand même important dans une comédie) sur la fatigue du couple, sur l'amour et le sexe. Dommage que le dénouement de Hall Pass soit si prévisible, on aurait tant souhaité repousser encore plus loin les limites de la comédie américaine formatée.

Même s'ils ont vieilli depuis Dumb and Dumber et There's Something About Mary, les frères Farrelly ont encore une tendance au puéril et à l'enfantin, donnant à quelques reprises dans d'inutiles et désagréables blagues puantes : vivre un buzz de brownies au pot, ça fait assez 2002, et chier sur un terrain de golf, c'est pas drôle, c'est juste dégoûtant. Mais l'humour basé sur la séduction et les maladresses des personnages propose plusieurs bons rires.

Parce que les rires qu'il propose sont nombreux, diversifiés et souvent imprévisibles, Hall Pass est un film tout à fait réussi qui s'inscrit dans cette mouvance du cinéma hollywoodien qui prend conscience de ses poncifs pour les surpasser. Loin d'être un précurseur du genre cependant, il s'avère surtout efficace parce qu'il tire dans tous les sens, atteignant la cible parfois et la ratant complètement d'autres fois. Peter et Bobby demeurent fidèles à eux-mêmes, dans ce qu'ils ont de meilleur.

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Photo Karl Filion

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