Affiche du film  Le journal d'Aurélie Laflamme
© TVA Films

Le journal d'Aurélie Laflamme

Version originale en français
21 avril 2010

Une vie « limite » stressante

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Pas facile d'être une adolescente de quatorze ans dans un monde incohérent et protocolaire comme le nôtre... C'est du moins ce que croit fondamentalement Aurélie Laflamme, une jeune québécoise dépassée par les contraintes et les possibilités de la jeunesse. Les romans d'India Desjardins se sont vendus à plus de 450 000 exemplaires; de nombreuses fillettes vénèrent Aurélie et la considère comme un modèle. Faire un long métrage à la hauteur des attentes était donc un défi de taille, un risque considérable. Mais, heureusement, l'équipe est parvenue à donner vie à une icône du roman jeunesse avec des textes souvent surprenants et désopilants, des acteurs qui, malgré leur jeu maladroit, ont su transmettre l'essence des textes de l'auteur et une réalisation sans extravagance, mais incontestablement efficace.

Aurélie Laflamme vit seule avec sa mère depuis que son père est décédé il y a cinq ans. Maintenant âgée de quatorze ans, la jeune femme tente de gérer les amourettes de sa meilleure amie, les crises ménagères de sa mère et les impulsions autoritaires de ses professeurs. Elle se sent continuellement étrangère parmi ces homos sapiens et leurs discours disparates, peut-être est-elle une extraterrestre envoyée sur Terre pour cause expérimentale? Ou seulement une adolescente...

Même si, notamment au début et à la fin du film, on note une discordance saillante entre les tons du récit, le scénario est tout de même bien construit, et suit une logique conséquente et une répartition fonctionnelle des scènes ludiques et réelles. Tous les moments les plus pertinents (et efficaces) du premier roman d'India Desjardins ont été adaptés pour le cinéma - aucune n'a été mise injustement de côté -, souvent en modifiant leurs formes premières pour une plus grande intensité (que son père soit parti un matin et ne soit jamais revenu est une image très forte dans un livre, mais plutôt fade au grand écran). Le fait que l'écrivaine ait également travaillé sur le scénario donne une honnêteté, une congruence avec les livres, qui n'auraient jamais été présente sans sa participation.

Il faut l'avouer, la performance des jeunes acteurs est plutôt quelconque, souvent mécanique, trop intellectualisée, mais fort heureusement ce sont enfin des ados qui jouent des ados. La génération (dont je fais partie) qui a grandi en voyant des adultes incarner des jeunes du secondaire (Watatatow, Radio enfer, Ramdam, pour ne nommer que ceux-là) a vieilli, il est maintenant le temps d'assumer son âge et de s'envoler vers une nouvelle ère. Le jeu plus cérébral des novices est davantage marqué lorsqu'ils partagent l'écran avec des acteurs professionnels. Édith Cochrane, Pierre Gendron et Valérie Blais sont effectivement très compétents sous leur figure d'adultes responsables.

La jeune fille de quatorze ans qui tripe sur Simple Plan, Orlando Bloom et La petite sirène (mais ça, il ne faut pas le dire), a enfin eu sa place (bien méritée) dans le cinéma québécois. Écrire ou faire un film pour les jeunes c'est plus délicat, plus risqué que pour les adultes - les jeunes s'identifient, se comparent, se jugent. Il faut respecter certaines balises, certaines morales, tout en restant « cool » et irrévérencieux, une tâche colossale et périlleuse que Christian Laurence et son équipe ont su relever avec une trop solide compétence.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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