Affiche du film  Le garagiste
© TVA Films

Le garagiste

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Le garagiste
4 novembre 2015

À la dérive

Photo Par Martin Gignac

Le cinéma québécois d'auteur a souvent la réputation de pondre des drames lents, gris et déprimants sur des personnages malades. C'est le cas du Garagiste qui n'est pas la suite du Vendeur ou de Gaz Bar Blues et qui aurait très bien pu s'appeler Paul en région ou Avant que mon rein bascule.

Le ton est lancé dès le premier plan avec une mise en abyme de l'histoire. Un bateau dérive et notre héros se réveille d'un cauchemar pour se retrouver en plein chaos. Adrien (Normand D'Amour) est en attente d'une greffe de rein depuis cinq années et il rumine sa lassitude à la station-service de son père (Michel Dumont) en enseignant les rudiments de son art à un nouvel employé (Pierre-Yves Cardinal).

La maladie et par ricochet le désir de mourir prennent beaucoup de place dans ce récit. Le protagoniste peut se maintenir en vie en effectuant quatre heures de dialyse par jour, et ce, trois fois par semaine. Mais il refuse, envisageant l'euthanasie. Bonjour les questionnements et les déchirements moraux! Heureusement il n'y a pas que ce sujet dans toute cette galère et le film à thèses est évité de justesse par l'inclusion de réflexions sur la filiation, l'identité, la liberté, la dignité, la responsabilité et les amours de jeunesse. Il y a même un peu d'humour, gracieuseté du vieux malcommode Michel Dumont qui connaît cette partition par coeur.

À l'instar de quelques longs métrages récents qui ont également été financés au privé (Ce qu'il ne faut pas dire de Marquise Lepage et surtout Antoine et Marie de Jimmy Larouche qui partage plein de points en commun), Le garagiste souffre de bonnes intentions qui sont souvent maladroites. L'effort opte pour les non-dits et les silences révélateurs, mais il est trop explicatif à certains endroits. Notamment au début où Adrien discute avec son amoureuse (magnifique Nathalie Cavezzali) et que cette dernière lui lance un "toi, tu attends ta greffe, moi je t'attends". Sur le plan scénaristique, il y avait sûrement une meilleure façon d'amener l'information. Bien que la subtilité mène généralement le bal, il y a des moments beaucoup plus faibles et même ratés - pensons à cette première rencontre entre le héros et le personnage de Louise Portal - qui s'avèrent ridicules.

C'est lorsque les âmes se taisent que l'oeuvre est la plus réussie et la plus émouvante. La beauté sauvage des paysages de Trois-Pistoles est sidérante, rappelant que la vie côtoie constamment la mort. Adrien passe son temps à errer dans cette nature sauvage et telle une figure de Dostoïevski, il y a cet aspect existentialiste qui n'est pas négligeable. C'est là aussi que la poésie apparaît, par l'entremise d'un chien qui enterre le cadavre d'un mouton ou de cette finale qui a un petit quelque chose de chevaleresque. La mise en scène nerveuse filmée au plus près et ponctuée de plans-séquences n'est pas sans faille, sauf qu'elle a l'avantage d'apporter un soupçon de vérité à l'ensemble et elle se calme dans la dernière partie, qui s'apparente davantage à une période de souvenirs et de quiétude.

Le garagiste ne remplit peut-être pas toutes ses promesses, ce qui ne l'empêche pas de rappeler que Normand D'Amour est un de nos plus grands acteurs. Mis à part le puissant Tout est parfait, le comédien a rarement pu se faire valoir au cinéma et il est saisissant de retenue et de vulnérabilité, de virilité et de douleur. Une interprétation si forte et convaincante qu'elle fait presque de l'ombre au film, imparfait mais plein d'humanité. Sans rivaliser avec la grande Catherine Martin, la réalisatrice Renée Beaulieu (qui a offert par le passé le scénario du Ring d'Anaïs Barbeau-Lavalette) n'a aucune difficulté à se mesurer à tous les Ressac de ce monde. Son premier long métrage de fiction a beau être gauche et un brin ennuyant, il demeure sobre et nuancé dans sa façon d'aborder des thématiques nécessaires.

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Photo Martin Gignac

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