Affiche du film Le déserteur
© TVA Films

Le déserteur

Version originale en français
22 octobre 2008

Que je n'aurai par d'arme et qu'ils pourront tirer

Photo Par Karl Filion

Le déserteur est baigné d'un étonnant charme suranné. Bien sûr, il y a les costumes et l'accent, les fermes et du bon vieux sexe dans le foin comme il ne s'en fait plus, mais il y a aussi, dans la réalisation attentive de Simon Lavoie, une véritable intention de laisser le temps faire son oeuvre. Une précaution nécessaire, tout particulièrement lorsqu'on a, comme c'est le cas ici, affaire à un récit déconstruit chronologiquement. Lavoie oppose hiver et printemps et, dans un des plus beaux « panoramique temporel » du cinéma québécois, il parvient à bâtir l'émotion entre les années 1942 et 1944 de manière fort efficace. Son style, lourd et appliqué, s'applique beaucoup mieux au long métrage qu'au court, même si c'est d'abord là qu'il a séduit le milieu du cinéma québécois.

À l'été 1944, le jeune conscrit Georges Guénette est abattu sur la petite ferme de ses parents par des constables fédéraux. Caché dans les bois depuis qu'il a déserté l'armée, il rend régulièrement visite à ses parents et retrouve son ancienne blonde Berthe, aujourd'hui mariée, avec qui la passion est toujours aussi forte. Depuis qu'un policier a été attaqué par des jeunes du village l'hiver dernier, la police recherche activement Guénette, soupçonné d'être impliqué dans l'attaque.

Ne reculant devant rien, le jeune réalisateur entremêle les grands récits dans une histoire pourtant anodine de voisinage et d'amour inassouvi. Car au-delà de la connotation politique qu'y trouvèrent les nationalistes québécois, l'histoire de Georges Guénette (au grand écran du moins, que sais-je de la réalité?) est surtout familiale et romantique, et le grand mérite de Simon Lavoie pour ce premier film est d'avoir trouvé le juste dosage pour mener l'histoire à sa finalité sans s'égarer autrement que par quelques ralentis hésitants et un plan final addendum. Quelques recoupements de l'histoire, autrement si bien menée, viennent ralentir légèrement le rythme mais sans dommage.

Dans le rôle principal, Émile Proulx-Cloutier défend avec conviction le rôle de Guénette sans prendre toutefois la place d'un premier rôle. Raymond Cloutier, acteur sous-utilisé au cinéma, impressionne d'avantage dans le rôle de ce père fier mais tordu par les années de labeur, tandis que Gilles Renaud, présent dans quelques scènes seulement, impressionne par son imposante stature d'acteur expérimenté. Danielle Proulx et Viviane Audet, plus effacées, sont aussi convaincantes tout comme l'ensemble de la distribution secondaire, en particulier Vincent-Guillaume Otis.

Avec sa sensibilité à fleur de peau et ces quelques scènes qui tiennent de l'extase et de l'exploit (dont une, superbe, avec des draps étendus à sécher), Le déserteur est un film réussi qui, sans innover ou surprendre, s'applique à bien faire ce qu'il fait, des comédiens à la reconstitution en passant par le scénario bien construit. C'est dans un profond respect du spectateur, de sa curiosité et du cinéma qu'un film comme celui-là peut venir faire sa place dans une cinématographie nationale qui en avait pourtant assez des reconstitutions historiques et de son passé. Peut-être que les mythes (martyrs ou héros, quelle importance?) avaient été mal choisis.

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Photo Karl Filion

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