Affiche du film Le démon de néon
© Les Films Séville

Le démon de néon

Version en français
v.o.a. : The Neon Demon
v.o.a.s.-t.f. : Le démon de néon
23 juin 2016

Beauté fatale

Photo Par Martin Gignac

Hué à Cannes, The Neon Demon est une expérience démentielle à prendre ou à laisser. Un peu ce qu'étaient les singuliers Love de Gaspar Noé et Spring Breakers d'Harmony Korine.

Comment pouvait-il en être autrement d'un film signé Nicolas Winding Refn, qui est en voie de détrôner son comparse Lars von Trier comme le cinéaste le plus polémique de la scène mondiale? Il a bâti sa carrière sur la violence, l'obsession et la solitude et sa dernière création exacerbe tout ce qu'il a pu faire précédemment (tics et maîtrise formelle inclus). Surtout qu'on reconnaît encore une fois ses deux grands maîtres à penser.

The Neon Demon est un peu une vision déformée du chef-d'oeuvre Mulholland Drive de David Lynch s'il demeurait dans la pièce rouge de Twin Peaks. Un opus féroce sur la pureté et la naïveté qui sont souillées par Los Angeles, tous ces rêves réduits au néant en un instant. Il n'est pas question de cinéma mais de mode, du désir d'une adolescente (Elle Fanning) à devenir mannequin et de ses problèmes avec cette industrie glamour. Difficile par ricochet de ne pas songer au Black Swan d'Aronofsky ou à Valley of the Dolls de Robson.

L'atmosphère de fin du monde s'acclimate à un cauchemar infini qui est ponctué de rêves et de fantasmes. Le symbolisme est à nouveau dans le tapis et NWR se laisse aller comme un déchaîné, prêchant par un excès qui fait hurler de rire. Tout y passe, du mélange de couleurs d'Éros et Thanatos au sang menstruel, en passant par le poignard phallique et le chat sauvage qui permet l'émancipation. De quoi irriter ou distraire selon les sensibilités, qu'on y trouve là un penchant féministe ou au contraire une démonstration misogyne.

Faut-il se rappeler de ne rien prendre au sérieux dans cette variation de Maps to the Stars? Il s'agit d'une satire très noire qui n'hésite pas à se vautrer dans le grotesque et le ridicule. Le cinéma de David Cronenberg se fait à nouveau ressentir et on retient surtout l'acte de la chair. Ces mannequins ne sont peut-être bien que des cadavres trucidés par les flashs d'appareils photo qui se vampirisent entre eux à la moindre occasion. Il ne faut donc pas tomber des nues si le récit de plus en plus trash finisse dans le gore et l'hémoglobine, l'horreur vive à donner des frissons.

Un sentiment que la mise en scène stylisée souligne constamment. On a vite l'impression de se retrouver devant une publicité luxueuse et léchée de Calvin Klein où gothisme et fétichisme se superposent. Une réalisation réfléchie dans ses moindres détails qui ne laisse rien au hasard et qui fascine allègrement dans son utilisation des cadres et des couleurs. À cet effet, la musique électronique et synthétique de Cliff Martinez n'est rien de moins que mémorable et des réminiscences du brillant Under the Skin ne tardent pas à venir.

Tout cela pourrait paraître vain, vide et superficiel. Il ne faut évidemment pas se fier à la première impression. Le scénario offre un regard acidulé sur la beauté, les apparences et le fait d'avoir 16 ans à une époque où le paraître a bien souvent le dernier mot. Pas surprenant alors que les dialogues semblent si soporifiques. Ils ne sont qu'un reflet à peine exagéré du réel, du narcissisme ambiant. De ce vide existentiel qui s'essaye à la romance kitch et dont la vanité n'apparaît que plus vulgaire encore. Un sentiment d'hypnose que n'arrive pas à dégonfler un rythme parfois chancelant, de nombreuses ruptures de ton et quelques répétitions.

Dans la peau de cette Alice au pays des merveilles des temps modernes, impossible de trouver une actrice plus angélique qu'Elle Fanning. Son innocence affichée dans Super 8  et autres Maleficent est ici détournée avec un plaisir sadique et malsain. Elle est entourée de très justes comédiennes fantomatiques (mention spéciale à Jena Malone de la série Hunger Games) et même Keanu Reeves y est impeccable!

Après son éblouissant Drive et son tout aussi solide mais mal-aimé Only God Forgives, Nicolas Winding Refn termine sa trilogie de la nuit sans fin d'une très belle façon. Le plaisir est incommensurable devant The Neon Demon et même si on a un peu hâte que le cinéaste retrouve le sérieux qu'il affichait sur ses redoutables Valhalla Rising et Bronson, il y a plusieurs images qui risquent de marquer au fer blanc le cinéphile. On est loin du simple plaisir coupable.

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Photo Martin Gignac

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