Affiche du film  Laisse-moi entrer
© Alliance Vivafilm

Laisse-moi entrer

Version en français
v.o.a. : Let Me In
30 septembre 2010

Délivrez-nous du mal

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Enfin un film de vampires qui ne dénature pas le mythe au profit d'une narration médiocre et/ou trop sanglante. Inspiré du long métrage suédois Let the Right One In (presque calqué; ce qui n'est pas un défaut, l'adaptation peut prendre plusieurs formes), le film de Matt Reeves nous transporte dans un univers qu'on considère à prime à bord comme le nôtre, mais qui nous apparaît rapidement trop tourmenté et belliqueux pour que l'on s'y associe sans un important malaise. C'est d'ailleurs dans cette méfiance, dans cette pesanteur contrôlée, que se trouve la véritable finesse du récit. Certains plans ou séquences rappellent même le travail méticuleux d'Hitchcock (on lui rend d'ailleurs un hommage discret dans les premières scènes, faisant un clin d'oeil (qui ne peut être inconscient) à l'un de ses plus grands succès, Rear Window).

Owen est toujours la cible de crapules de son école. Il voudrait se défendre, mais n'en a pas la force. Un jour, il rencontre une jeune fille étrange qui vient tout juste d'emménager dans l'appartement à côté du sien. Il ne la voit que le soir, quand la nuit est tombée. Elle lui conseille de répliquer à ceux qui lui font du mal, de ne pas se laisser faire, mais lorsqu'il ose répliquer à ses agresseurs les choses empirent. Heureusement, il découvrira que sa nouvelle amie a les moyens de l'aider.

Inutile de bombarder le spectateur d'épisodes de boucherie menés par un meurtrier d'une violence sans nom pour faire entrer son film dans un crédo d'horreur respectable; il suffit de maintenir une tension, une angoisse assez structurée pour que le sentiment d'insécurité ébranle momentanément la confiance du spectateur et brouille ses perceptions. Et c'est ce que parvient aisément à faire cette petite fille au regard candide qui se transforme en une bête assoiffée de sang et son ami (peut-être encore plus troublant encore parce que fragile dans son humanité), un jeune garçon brutalisé par ses pairs, qui s'amuse avec un couteau dans l'espoir d'avoir un jour le courage d'éliminer ses bourreaux. Les deux jeunes acteurs Kodi Smit-McPhee et Chloe Moretz (devenue depuis peu l'enfant-star chouchou d'Hollywood) en sont pour beaucoup dans l'efficacité de leur personnage.

Il y a quelque chose de riche et de troublant dans le fait d'installer un enfant dans le rôle du tortionnaire. Lorsque les « méchants » sont des pédophiles, des criminels recherchés ou des psychopathes, on assume assez aisément leur déséquilibre mental - on ne contestera pas leur névrose - mais quand la cruauté nous est livrée à travers le corps frêle et encore innocent d'un enfant, une insécurité plus forte nous anime et l'efficacité de l'épouvante est alors indiscutable. L'ambiance musicale et la qualité visuelle influencent également - de manière nettement positive - la puissance du récit. Chacune à leurs manières, elles nous transportent dans cet univers déjanté avec parcimonie et intensité.

Mis à part quelques longueurs dans le troisième tiers, le film possède un rythme dramatique efficient malgré la nonchalance de l'action principale. Cette oeuvre prouve, avec audace et intelligence, que l'horreur n'a pas besoin d'être d'une bestialité démesurée pour effaroucher l'auditoire. Il suffit d'avoir les bons ingrédients, certes, mais la véritable clé du succès est de surtout savoir comment les mélanger pour obtenir une consistance adéquate.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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