Affiche du film  La voleuse de livres
© 20th Century Fox

La voleuse de livres

Version en français
v.o.a. : The Book Thief
21 novembre 2013

Les mots de l'analphabète

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Visuellement, The Book Thief est convainquant; plusieurs plans sont magnifiques, les décors pittoresques et les costumes créatifs, c'est davantage au niveau de l'histoire que les doutes s'installent. Parce qu'au final, d'un point de vue narratif, The Book Thief est plutôt vide. Il ne s'agit pas de la pertinence du récit tant qu'à ses retombées. On ressort de cette salle émus, peut-être, mais pas impressionnés, ni étonnés comme on s'attendait à l'être. L'histoire de cette enfant analphabète, adoptée par un couple d'Allemands attachants, à qui ont apprend à lire et qui développe un amour inconditionnel pour la littérature est d'une simplicité désarçonnante. On se demande constamment vers où on tente de nous amener, ce qu'on veut nous faire comprendre, pour finalement réaliser que la destination n'avait pas vraiment d'importance et que la morale est nébuleuse.

La narration en voix-off, qui nous transporte dans cette histoire dès les premières secondes sans vraiment s'identifier si ce n'est qu'en prétendant « poétiquement » être la grande Faucheuse, se révèle d'une profonde inutilité. Ses dissertations sur la mort, la vie, l'âme et l'au-delà n'apportent rien à l'histoire si ce n'est qu'un aspect métaphorique alourdissant. Comme les sous-titres définissent déjà l'année et le lieu dans lesquels se déroule l'action, la narration omnisciente ne peut pas être justifiée comme étant un repère temporel et actanciel nécessaire, elle n'est vraiment qu'un boulet supplémentaire à cette suite de mauvaises décisions.

Cette histoire aurait très bien pu être racontée en 90 minutes. Peut-être même qu'elle aurait semblé beaucoup moins pauvre et inutile si elle avait été resserrée davantage. Après cette heure trente bien sonnée, on espère une conclusion qui, malheureusement, ne vient qu'après la 131e minute. À trois ou quatre reprises, on nous glisse un fondu au noir qui nous fait croire que la fin approche, mais ce n'est que quelques tours du montage. Les dernières minutes sont tellement scindées, coupées au couteau, qu'on a l'impression que le réalisateur n'a pas su trouver la finale adéquate alors il les a enchaînées successivement.

Cela dit, il faut tout de même donner à César ce qui revient à César; la jeune Québécoise Sophie Nélisse prouve qu'elle mérite sa place parmi les grands grâce à un rôle transcendant. L'actrice est arrivée à jouer tant la naïveté de l'enfant que la force brute d'une femme en devenir. Geoffrey Rush est également très touchant. Même chose pour Nico Liersch, qui bouleverse dans le rôle d'un jeune garçon qui n'a même pas encore atteint l'adolescence et à qui on demande de se battre.

Il y a énormément de choses qui manquent à The Book Thief pour être une réussite, et la plus importante est probablement une histoire entraînante. On sent qu'il y a une substance intéressante dans cette histoire, mais elle est très mal exploitée. Est-ce que le scénario aurait dû être mieux peaufiné? Est-ce que le montage aurait dû être plus dynamique? Est-ce que le narrateur aurait dû être le protagoniste plutôt qu'une entité immatérielle insignifiante? Difficile de déterminer le véritable coupable (ou même le principal coupable), mais le long métrage de Brian Percival a d'énormes failles et ça, on ne peut le nier.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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