Affiche du film  La petite reine
© Les Films Séville

La petite reine

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : La petite reine: Downfall of a Champion
12 juin 2014

Contre soi-même

Photo Par Karl Filion

Comme drame sportif, La petite reine propose une histoire riche en thématiques fortes qu'il fallait traiter avec une grande précaution afin d'éviter la surenchère mélodramatique et la sursimplification sportive, deux fléaux épidémiques au cinéma. Mission accomplie.

Dès les premières minutes, on est happé par la force intrinsèque de ce récit sportif qui mélange sacrifices, dépassement de soi et tricherie. Il y a dans ces trois thèmes (et dans leur amalgame) une dynamique dramatique très intense que la caméra fluide et évocatrice d'Alexis Durand-Brault capte avec une grande efficacité. Cette scène d'ouverture donne le ton à un drame sportif prenant et stimulant, qui peut miser sur des personnages complexes et bien interprétés, et qui évite la plupart des pièges.

À commencer par celui, élémentaire, de la narration. La petite reine s'inspirant d'un fait vécu, il est probable que le spectateur connaisse déjà l'histoire dans ses grandes lignes : une cycliste québécoise se démarque sur la scène internationale, mais des soupçons de dopage pèsent sur elle. Elle nie tout, d'abord, mais on sait bien sûr qu'elle finira par avouer. Il aurait été complètement futile de construire l'enjeu dramatique du film sur sa consommation ou non de produits dopants. Les auteures et le réalisateur ont donc savamment préféré multiplier les enjeux liés à son entraînement, à ses mensonges et à ses parents.

De l'aveuglement volontaire des parents, incarnés par Denis Bouchard et Josée Deschênes, découlent les moments les plus émouvants du film, alors qu'on est sans cesse interpelé par ces gens qui refusent de voir la détresse de leur fille et qui s'obstinent, par égoïsme mais pas par méchanceté, à ne pas la secourir. Au contraire, des séquences d'abus physiques, psychologiques ou sexuels entourant le coach (incarné avec beaucoup de véracité par Patrice Robitaille) démontrent moins de subtilité.

Le réalisateur filme avec un mélange habile de retenue et de style les complexes relations interpersonnelles qui sont au centre du film. Un travail exceptionnel sur le montage ajoute aussi en tension, ce qui propulse constamment le film vers l'avant, jusqu'à une finale qui évite habilement les clichés sportifs. Les acteurs sont convaincants, en particulier Laurence Leboeuf, qui offre ici une performance impressionnante, entre vulnérabilité et conviction.

La petite reine n'est certes pas parfait. Qu'on identifie - même passivement - un coupable réduit un peu la complexité psychologique d'un cas de dopage dans un sport vicié par les scandales et où la responsabilité est partagée. Une sorte de tension de film d'horreur un peu inutile s'intègre plutôt mal au sein du film, à une ou deux reprises. Toutefois, voilà un film qui maîtrise bien son sujet et qui s'en sert pour créer une tension régulièrement renouvelée et stimulante.

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Photo Karl Filion

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