Affiche du film  La conjuration
© Warner Bros. Canada

La conjuration

Version en français
v.o.a. : The Conjuring
18 juillet 2013

(Para)normal

Photo Par Karl Filion

Les films d'horreur sont souvent de pâles copies d'eux-mêmes. Des poncifs, repris à l'infini, viennent rythmer des histoires toutes pareilles de personnages convaincus de manifestations paranormales poussées par on ne sait quelle curiosité morbide à s'aventurer tout seul au beau milieu du danger, et de non-croyants qui seront rapidement convertis (une bonne leçon pour eux, tiens). C'est un paradoxe; on aime ces films parce qu'ils se ressemblent, tout en regrettant qu'ils se ressemblent, parce que si on peut anticiper ce qui va arriver, l'effet est bien moins fort (c'est vrai dans pas mal tous les aspects de la vie). La redondance est le principal problème de ce type de film.

C'est par sa structure plus ouverte que se démarque The Conjuring. Plutôt que d'emprisonner un petit groupe de (belles) personnes dans un lieu clos et de les éliminer une à une, ou alors d'identifier une menace métaphorique mortelle de notre société, le film éclate son cadre narratif pour raconter deux histoires en parallèle, celles de la famille Perron et des démonologues Ed et Lorraine Warren; on n'atteint pas des sommets de narratologie, entendons-nous, mais dans le contexte d'un film qui vise à effrayer, cela renforce les liens avec les personnages puisqu'on ne sait pas expressément ce qui va se passer à chaque nouveau revirement. Étrangement, c'est en empruntant à autant d'autres films que The Conjuring finit par trouver ce qui lui permet de se démarquer.

Si le réalisateur James Wan utilise la plupart des techniques connues pour faire sursauter (musique envahissante, recoins sombres, portes qui grincent, etc.) - non sans une dose d'humour d'ailleurs - il démontre souvent à l'aide de sa caméra un dynamisme fort intéressant, surtout dans l'installation du contexte, dans la première partie du film. La deuxième partie, l'accomplissement, est plus convenue, devant « résoudre » le récit mêlant esprits démoniaques, enfanticide et pendaisons. En général cependant, Wan permet au long-métrage de conserver une forte crédibilité, ce qui facilite bien sûr l'imprégnation; on se sent souvent à l'intérieur du récit, à la recherche d'indices comme le sont aussi les personnages.

L'interprétation se démarque aussi de la moyenne des films du genre; Patrick Wilson est un acteur toujours crédible qui joue tout en subtilité, Vera Farmiga est convaincante, tout comme Lily Taylor, Ron Livingston et toute leur petite famille, composée de leurs cinq filles. Le nombre élevé de personnages multiplie aussi les possibilités d'attaques de l'au-delà, et le film évite de tomber dans la surenchère de gore. Sage décision : il y a toujours la possibilité - la tension - d'une tragédie, puisqu'on n'y tombe pas facilement. Malheureusement, le film finit par s'étirer un peu trop lors du dénouement, qui présente cependant une scène d'exorcisme assez captivante.

Au final, The Conjuring est un film qui comprend et manipule bien les habitudes spectatorielles liées au film d'horreur; en créant les attentes prévisibles liées aux situations paranormales puis en les déjouant, le film parvient à étonner et à déstabiliser à plusieurs reprises. Le visionnement est donc une véritable montagne russe à la fois satisfaisante, puisqu'on reçoit ce qu'on est venu chercher, et surprenante, puisqu'on y trouve de nombreux clins d'oeil et quelques traces d'originalité narrative. 

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Photo Karl Filion

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