Affiche du film  Downfall
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La chute

Version en français
v.o.all.s.-t.f. : La chute
v.o.all.s.-t.a. : Downfall
27 juillet 2005

L'autre côté de la médaille d'honneur

Photo Par Karl Filion
La Chute est une reconstitution historique d'une grande rigueur. C'est tout. Il y manque de l'émotion, parce qu'on a l'impression de voir les événements à travers des jumelles d'observateur. Finalement, la controverse aura été plus grande que le film.

La Chute pose un regard, et c'est le cas de le dire, sur les derniers jours d'Hitler à la tête du troisième Reich, entre le 23 avril et le 1er mai 1945. Le film ne se concentre pas sur Hitler, en fait, mais sur l'ensemble de la ville de Berlin, mise à feu et à sang par les Russes qui s'approchent immanquablement du bunker où reste caché Hitler malgré les avertissements persistants de ses conseillers.

Ce qui ressort en premier, c'est évidemment cette performance colossale de Bruno Ganz, qui personnifie un Hitler déchiré, abandonné, délaissé et trahi. Bien sûr, cet Hitler est humain, mais ce réalisme de rigueur rajoute de la crédibilité à l'ensemble du portrait, un peu comme Gibson et sa Passion tournée en langues mortes. Hitler était humain, bien sûr, et il était temps de se l'avouer. La controverse entourant cet aspect est donc tout à fait injustifiée, d'autant qu'une reconstitution historique de cette authenticité implique un souci du détail hors normes.

Les décors, fort impressionnants, contribuent beaucoup à cet effet de réalisme cruellement nécessaire, et ces variations de gris portent dans leurs nuances un souffle crédible. Cette page de l'histoire doit être tournée, certes, mais pas au prix de la négligence habituelle de la société amnésique. Rien que pour ça, le film mérite d'être vu.

En tant que portrait d'Hitler, La Chute est mal cerné et incomplet, et en tant que reconstitution historique, il est trop sélectif.

La réalisation d'Olivier Hirschbiegel inspecte ces derniers jours avec fermeté. Son regard se pose minutieusement partout, dans les décombres de la ville de Berlin, dans les quartiers d'Hitler, dans les secrets de ce régime de pouvoir et de trahison. La caméra installe l'ambiance et donne le rythme aux revirements du scénario. Elle n'est ni belle, ni extravagante, elle est tout simplement rigoureuse. C'est une erreur de ne pas avoir poétisé cette terrible histoire, quitte à l'adoucir un peu, pour éveiller chez le spectateur des émotions latentes.

D'ailleurs, ce scénario aurait dû, comme Hitler, être plus humain. Malgré toute la tristesse présentée dans le film, peu de moments sont vraiment intenses, peu nous préoccupent, peu nous touchent vraiment. Ironiquement, le fait de sortir du bunker régulièrement pour suivre les mésaventures de personnages moins intéressants nuit à l'ambiance générale en retardant et en diluant l'effet instauré jusqu'alors par la présence d'Adolf Hitler. Inutile de dire qu'après sa mort – personne n'est étonné ici – l'intrigue perd de son intérêt.

Le film a le mérite d'illustrer efficacement toute l'emprise qu'il a pu avoir sur le peuple allemand malgré ses apparentes lubies. Les moments les plus prenants sont souvent des actes irréfléchis et injustifiables, pour notre rationalité contemporaine, mais qui s'expliquent grâce à cet aspect du film, sans doute le plus soigneusement intégré.

Voilà ce qui rend La Chute plutôt monotone. Brillant techniquement, prenant socialement, mais froid émotionnellement. Le réalisateur et le scénario contournent les pièges en évitant de s'impliquer dans l'histoire complètement, ce qui fait que jamais La Chute ne peut s'élever au-delà d'une simple observation historique. Une fine observation, évidemment, qui vaut quand même la peine d'être vue, pour l'expérience au moins.
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Photo Karl Filion

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