Affiche du film La capture
© Equinoxe Films

La capture

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : La capture
17 octobre 2007

Psychanalyse inachevée

Photo Par Karl Filion
Pour son troisième film, Carole Laure réunit une distribution talentueuse qui a la lourde responsabilité de rendre à la fois l'histoire trop commune d'un père et mari violent et l'univers de la réalisatrice et scénariste, entre réel et rêveries, entre cruauté et douceur. Un film brutal mais trop doux, expérimenté mais maladroit et pas vraiment au point.

Rose et Félix ont vécu dans la peur de leur père violent, qui a laissé leur mère presque catatonique, incapable de quitter son mari ou de le dénoncer. Félix, lui, préfère fuir et se joindre à une bande de petits criminels, mais Rose, réfugiée à Montréal, décide de prendre les grands moyens pour libérer sa famille de l'emprise du père. Elle l'enlève et le séquestre, sans aviser son entourage.

Dans le rôle principal, Catherine de Léan offre une performance intense qui oscille entre l'impuissance et la détermination, qu'on devine provenir d'un sentiment de responsabilité profond. Dans ses confrontations avec son père, Laurent Lucas, les bons moments sont nombreux. Mais c'est en dehors de ce huis-clos, dans le repère d'une bande de criminels de peu d'envergure, dans un étrange cours d'expressivité animale ou à la boulangerie que le film désole; le rythme est brisé, l'émotion envolée.

Les incohérences d'un symbolisme extrême auraient pu être évitées si l'aspect onirique de celui-ci avait été entièrement assumé, par des costumes ou des décors extravagants, par exemple. Rose se prend d'ailleurs pour Superwoman à ses heures. Et si une séquence de danse dans la forêt où Catherine de Léan exprime son pouvoir sur les hommes qui l'entourent est d'une beauté émouvante, l'apparition impromptue d'animaux de la ferme et l'utilisation d'un langage qui n'existe nulle part (qui appelle-t-on sur son « portable » au Québec?) causent de graves ruptures de ton qui empêchent La capture d'exprimer sa frustration correctement. Parce que le sujet, condamné à émouvoir, avait tout ce qu'il faut pour fonctionner.

Les scènes de danse animale ne rendent pas non plus justice à l'émotion cachée dans le passé trouble d'une femme forte presque par dépit, sans autre choix pour survivre. Mais la simplicité déconcertante avec laquelle on endort sa pauvre mère en lui lisant l'histoire du pain, franchement, laisse pantois. Des scènes de sexe qui paraissent incomplètes n'arrivent pas à opposer brutalité amoureuse et violence de manière convaincante.

La capture est un film sincère, mais qui peine à demeurer crédible. Trop de grandiloquence dans l'interprétation et des invraisemblances qui ne trouvent pas l'écho nécessaire dans le lyrisme d'un univers brouillé par l'étrangeté, mais prisonnier du réalisme. Le sujet l'obligeait. Mitoyen, La capture n'est ni une vulgaire fantaisie filmée, ni une rigoureuse reconstitution, mais à tenter sa chance aux deux, il tombe tout simplement dans la faille qui les sépare.
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Photo Karl Filion

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