Affiche du film La bataille de Passchendaele
© Alliance Vivafilm

La bataille de Passchendaele

Version en français
v.o.a. : Passchendaele
17 octobre 2008

Des plus brillants exploits

Photo Par Karl Filion
Il y a maintenant un « canadien par excellence » : Paul Gross. Apparemment, c'est une grande vedette dans le ROC (Rest of Canada), et le voici qui enfile tout-à-tour les costumes de metteur en scène, acteur principal, scénariste et producteur pour le film canadien parmi les plus canadiens jamais produits. Sur fond de Première Guerre mondiale, d'amour et des beaux paysages de l'Ouest, le film a été fait avec sérieux et compétence. Charismatique, Gross s'acquitte de sa tâche avec talent, surtout devant la caméra, mais La bataille de Passchendaele n'est pas pour autant un film réussi.

Pendant la Première Guerre mondiale, un soldat canadien, Michael Dunne, est blessé au combat et rapatrié au Canada pour être soigné. En convalescence, il fait la rencontre de Sarah (Caroline Dhavernas, convaincante), une infirmière dont le père est mort à la guerre. Pendant que leur idylle s'amorce tranquillement sous l'insistance du soldat, le jeune frère de Sarah, souhaitant prouver sa valeur à son futur beau-père, décide de s'enrôler. Dunne décide de retourner au front pour le protéger. Ils participeront tous les deux à la bataille de Passchendaele, la plus sanglante de l'histoire canadienne.

Visuellement impressionnant, le film s'amorce comme il se terminera : entre réalisme cruel et poésie maladroite. À la cruauté de la guerre s'oppose un symbolisme un peu simplet qui va d'oiseau prophétique à Jésus crucifié derrière les lignes ennemies. Des scènes incongrues de sexe sur fond de bombardement et un aberrant montage de désintoxication viennent briser un peu de la magie de la direction artistique et des costumes tout à fait convaincants de cette grande production canadienne.

Or voilà, qui dit « grand production canadienne » (moi, donc) dit « patriotisme exacerbé ». La musique mélodramatique et les bons sentiments sont d'usage, alors que des Canadiens vont se sacrifier pour leur roi. Difficile d'imaginer que le film trouvera l'écho espéré au Québec, d'autant que devant cette boucherie, on a plutôt une irrépressible envie de renier toute appartenance au Canada ou quiconque participe à une guerre. Les comédiens se tirent le plus souvent bien d'affaire et les combats, en toute objectivité, sont de calibre hollywoodien, alors que la relation d'amour mièvre entre les deux acteurs principaux, placée là pour plaire aux filles, ralentit le rythme et ressasse les pires clichés.

Voilà ce que devraient explorer les prochains films de guerre : comment expliquer cette étrange sympathie pour les Vétérans, ces soldats vainqueurs, ces meurtriers qui ont eu la chance de ne pas perdre. Pendant un instant, grâce à l'introduction moralement connotée du film, on a cru que cette fois-ci était la bonne. Malheureusement, le moment serait mal choisi d'aller frapper dans les genoux le Canada chancelant, pendant que Paul Gross nous rappelle que si on envoyait le même ratio de soldats qu'en 1917 à la guerre (10 %), 3 000 000 de Canadiens seraient dans le désert d'Afghanistan et 300 000 d'entre-eux seraient tués. Il n'y a pas de quoi être fier, même si les paysages sont jolis.
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Photo Karl Filion

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