Affiche en français du film L'Orphelinat
© Christal Films

L'orphelinat

Version en français
v.a. : The Orphanage
v.o.esp.s.-t.a. : The Orphanage
27 décembre 2007

Avoir peur de ses émotions

Photo Par Karl Filion
Il est généralement admis que le cinéma d'horreur ne fait plus peur. Les mêmes films reprennent l'affiche chaque année sous un titre différent, et le genre n'offre plus que quelques sursauts aux plus courageux cinéphiles qui peuvent faire fi des incohérences, des interprètes boiteux et des nombreux clichés du genre qui ne sont pas à la hauteur des grands classiques de l'horreur. Cependant, en jetant un coup d'oeil du côté de l'Espagne, sur un « premier film » au demeurant, on trouvera peut-être une certaine satisfaction en cette fin d'année. Sans aller jusqu'à dire qu'on réinvente un genre, Juan Antonio Bayona sait utiliser les principaux outils mis à sa disposition avec un sérieux et une efficacité de plus en plus rares sur grand écran à travers les nombreux remakes et suites sans saveurs.

Une jeune femme et son mari prévoient transformer un vieil orphelinat qu'elle a elle-même habité en résidence pour enfants handicapés. Mais leur fils Simon semble développer plusieurs amitiés imaginaires et il disparaît mystérieusement. Pour le retrouver, il leur faudra retourner dans le passé troublé de cet orphelinat qui a connu sa part de drames.

L'orphelinat mise sur un scénario qui a plus de qualités que de défauts. C'est le point de départ de chaque film qui espère fonctionner, particulièrement lorsqu'il s'agit de faire peur. La simplicité dans les moyens (grincements, bruits dans les murs, ombres étranges et musique appuyée) qui sont utilisés avec intelligence et surtout, avec conscience d'eux-mêmes, comme de petits clins d'oeils aux classiques qui les ont inventés. La modération est la plus efficace manière de donner des frissons ; les divers monstres à effets spéciaux présents dans le cinéma actuel n'inspire bien souvent que du dégoût. Un monstre qu'on ne voit pas est bien plus effrayant et Bayona l'a compris ; on ne voit pas le danger qui rôde dans la maison, on l'entend plutôt grâce a une bande sonore particulièrement bien travaillée. Et à travers la courte apparition de Geraldine Chaplin dans une terrifiante séance de spiritisme.

Dommage que le film tombe tout de même dans quelques pièges pourtant faciles à éviter; pourquoi faut-il, par exemple, qu'un camion passe toujours à toute vitesse quand il s'agit d'éliminer quelqu'un? Quand même, les performances au-dessus de la moyenne rendent aussi cette aventure crédible, tout particulièrement tandis que la finale approche et que Belen Rueda se retrouve toute seule, dans une immense maison, tous sens à l'affût à la recherche d'indices qui pourraient l'aider à retrouver son fils. Sa prestation est excellente, crédible surtout, et permet une identification émotive lors de cette fameuse explication finale, qu'on appréhendait mais qui ne déçoit pas, d'une cruauté touchante. L'épilogue gâche un peu ces sentiments honnêtes d'empathie qui envahissent le spectateur lors de la finale et laisse malheureusement une mauvaise impression.

Il ne faudra pas se méprendre et comparer L'orphelinat et Le labyrinthe de Pan. Alors que ce dernier était un ravissement pour les yeux et une prise de position politique, le premier est plus corporel, mise davantage sur les ambiances et les frissons. Et il ne rate pas sa chance de faire bonne impression. Les deux films n'ont que très peu en commun, sinon le nom de Guillermo Del Toro, producteur du premier et réalisateur du second, utilisé à des fins toutes mercantiles. Cette insulte à l'intelligence du spectateur serait impardonnable si le film n'était pas à la hauteur, une sérieuse tentative pour redorer le blason du cinéma d'épouvante. Un film qui fait augmenter le rythme cardiaque, c'est de plus en plus rare, profitons-en.
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Photo Karl Filion

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