Affiche du film  Where to Invade Next 
© Métropole Films Distribution

L'invasion américaine

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a.s.-t.a. : Where to Invade Next
24 février 2016

La méthode a ses limites

Photo Par Martin Gignac

Un film de Michael Moore est sûr et certain de faire réagir. S'il y en a un qui peut compter sur autant de partisans que de détracteurs, c'est bien lui. Where to Invade Next ne fera pas exception même s'il s'agit d'un de ses efforts les moins intéressants en carrière.

Depuis son brillant Roger & Me en 1989, Michael Moore a popularisé le genre documentaire, le rendant accessible au commun des mortels. En allant directement sur le terrain et en posant des questions épineuses, il est devenu le représentant de monsieur et madame tout le monde, le symbole des opprimés qui se font constamment manger la laine sur le dos par les grosses compagnies et le gouvernement et qui cherchent à renverser la vapeur. Peu importe qu'il simplifie à outrance des données complexes et qu'il devienne parfois plus grand que ses sujets: le public retenait toujours quelque chose de ses projets tout en étant largement diverti. C'est ce qui faisait d'ailleurs la force de ses excellents brûlots Bowling for Columbine et Fahrenheit 9/11.

Where to Invade Next reprend le schéma de Sicko: aller voir ailleurs comment les autres nations sont plus belles et parfaites et qu'elles devraient servir de modèles aux États-Unis où tout va évidemment mal afin de mieux reconstruire le rêve américain. Il visite ainsi neuf pays (dont la France, la Finlande et le Portugal) pour s'entretenir de leurs réussites sur le plan de l'éducation, du travail, de la santé, du droit de l'Homme, de la place de la femme dans la société, etc. Un alléchant plan de révolution qui ne se matérialise pas toujours à l'écran.

Le traitement est beaucoup trop naïf, didactique et manichéen pour convaincre réellement. On ne demande pas à Moore d'être Errol Morris ou Alex Gibney, seulement d'éviter les raccourcis, la malhonnêteté et la mauvaise foi. Ce qu'il est incapable de faire dans cette façon de rappeler que l'herbe est plus verte chez le voisin. Au lieu de mordre à belles dents dans la satire et la caricature, le cinéaste ne s'est pas compliqué la vie, ne mettant plus ses efforts pour dénoncer intelligemment, mais pour faire rire de façon paresseuse. Il ressemble de plus en plus à un Jean-René Dufort qui se fait filmer devant un ministre important en lui décrochant quelques blagues inoffensives et une belle poignée de main. S'il a toujours eu une présence incendiaire et une bonhomie rassurante, le réalisateur semble cette fois être sur le pilote automatique.

Son nouvel essai subjectif débute dans la légèreté la plus absolue en Italie avant de toucher l'essentiel par la suite. Il faut pourtant attendre plus d'une heure pour y arriver. C'est là que des liens plus émotifs se développent entre l'Allemagne et son passé, qu'un père se confie sur son fils qui a été assassiné à Oslo et sur les conséquences de la révolution arabe en Tunisie. Des fils tendus comme des pièges qui ne heurtent en rien son créateur, qui a déjà poussé l'humanité de ses personnages plus loin - sur le mésestimé Capitalism: A Love Story, notamment - avec des résultats insoupçonnés et qui s'en sort ici avec honneur.

Si seulement il ne voulait pas manipuler son auditeur en y intégrant des ralentis, des mélodies tristes et des monologues moralisateurs, parfois en même temps! Pour une rare fois, sa mise en scène s'apparente à un vulgaire reportage télévisuel qui manque royalement de verve. Son montage astucieux qui était souvent pris sur le vif (la particularité de The Big One qui fonctionnait si bien) est remplacé par une succession de têtes parlantes, des paysages de cartes postales et des images d'archives qui auraient pu être plus percutantes.

À une époque pas si lointaine, Michael Moore était un militant impétueux, provocant et virulent. Une figure de proue qui ne s'embrassait guère de nuances et de subtilité pour défendre la veuve et l'orphelin. En vieillissant, il semble avoir ramolli, perdant cette fougue choquante et sarcastique qui le caractérisait tant. Where to Invade Next a beau mettre le doigt sur plusieurs maux importants de l'Amérique, la critique sociale demeure frêle, se démarquant à peine des travaux de Morgan Spurlock ou de Paul Arcand. Une tiédeur qui laisse indifférent.

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Photo Martin Gignac

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